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L’ex-cadre de SNC ne pouvait pas ignorer les pots-de-vin

Jean-François Cloutier | Le Journal de Montréal

L’ex-cadre de SNC-Lavalin Sami Bebawi ne pouvait pas ignorer que son entreprise payait d’énormes pots-de-vin en Libye en échange de contrats, a plaidé la Couronne hier.   

Le manque flagrant de curiosité de l’ancien haut cadre de SNC Sami Bebawi sur des paiements de dizaines de millions de dollars dans une société-écran « démontre la connaissance de Bebawi » d’un stratagème frauduleux en Libye, a plaidé hier Me Anne-Marie Manoukian.    

L’avocate livrait hier la plaidoirie finale de la Couronne au procès de Bebawi, 73 ans, au palais de justice de Montréal.    

Bebawi fait face à cinq chefs d’accusation de fraude et de corruption en lien avec le versement de pots-de-vin au fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi, Saadi Kadhafi.    

Un yacht de 25 millions $ US, décrit par Anne-Marie Manoukian comme un « symbole de la démesure » dans cette affaire, aurait notamment été offert par la firme d’ingénierie et de construction au fils du dictateur.    

Selon l’avocate, Bebawi était prêt à tout pour obtenir des contrats en Libye, même à transgresser la loi.     

« La fin justifie les moyens », a-t-elle répété à plusieurs reprises lors de sa plaidoirie.    

Philosophie de gestion  

Sami Bebawi aurait mis en œuvre une nouvelle philosophie de gestion peu de temps après avoir été mis en charge des opérations de SNC en Libye, à la fin des années 1990, selon la thèse de la Couronne.    

Il aurait informé un autre ex-cadre de SNC, Riadh Ben Aïssa, que les pertes étaient inacceptables pour lui. Il n’y avait aucune limite à ne pas franchir pour se faire payer, a avancé la procureure Manoukian. Ben Aïssa a déjà été reconnu coupable de corruption en Suisse en lien avec cette affaire. Il a témoigné pour la Couronne pendant le procès.    

« M. Ben Aïssa a pris sa mission bien au sérieux », a relevé Me Manoukian hier.    

La procureure de la Couronne a tenté à plusieurs reprises, hier, d’anticiper les objections que pourrait avoir la défense.    

Selon elle, la preuve atteste que Ben Aïssa informait Bebawi de tout et qu’il n’était donc pas un élément corrompu isolé au sein de l’entreprise.    

Elle a aussi rappelé les aveux récents qu’aurait faits Bebawi à un policier de la Gendarmerie royale du Canada. Selon le policier, Bebawi lui aurait confié avoir été informé du projet d’achat d’un yacht pour Saadi Kadhafi par Ben Aïssa.     

Il s’en serait alors remis à son supérieur, l’ex-PDG de SNC Jacques Lamarre, pour prendre une décision à ce sujet.    

► La défense doit produire aujourd’hui sa plaidoirie finale. Il reviendra ensuite au jury de trancher sur la culpabilité ou non de l’accusé.

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