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Deux reins pour Noël

Hugo Duchaine | Le Journal de Montréal

Une famille de Montréal a su traverser la perte soudaine de sa mère juste avant Noël sachant que l’aînée avait donné un précieux cadeau à deux malades : ses deux reins.  

« Ça nous a beaucoup aidés de penser aux deux receveurs et à leur famille », confie Julie Tee-Michaud, dont la mère Karen est tombée dans un coma profond après avoir manqué d’oxygène au cerveau l’an passé.  

La dame de 74 ans détient même le record du plus vieux donneur du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), et elle est la deuxième plus vieille au Québec pour ce genre de don, selon l’infirmière Wendy Sherry, qui a accompagné la famille.  

400 familles et 300 dons  

Mme Sherry sera d’ailleurs honorée jeudi par Transplant Québec pour avoir soutenu plus de 400 familles et contribué à coordonner près de 300 dons d’organes en 15 ans.  

« Je me sens privilégiée de rencontrer toutes ces familles », souffle-t-elle.  

Et si son travail est salué, c’est parce qu’il fait une énorme différence, comme en témoigne Mme Tee-Michaud. Grâce à l’aide de Mme Sherry, sa sœur, son père et elle ont pu décorer la chambre où reposait sa mère encore dans le coma, et partager un dernier repas en famille à ses côtés.  

La femme de 35 ans souligne que sa mère adorait le temps des Fêtes, et elle s’y préparait très tôt. Sa perte soudaine, à la suite d’un malaise inexpliqué, a fait très mal, surtout que tout était prêt pour Noël.  

Heureusement, la famille savait que Karen Tee était prête au don d’organes. Elle avait signé sa carte soleil, mais l’avait aussi ajouté à son testament.  

« Nous avions juste deux questions : est-ce qu’on a vraiment tout fait pour elle et n’y a-t-il aucune chance qu’elle se rétablisse ? » explique sa fille.   

Cette peur, Wendy Sherry la rencontre fréquemment. Dans sa carrière, elle a remarqué que les personnes qui hésitent à signer leur carte pour le don d’organes ont parfois la crainte, injustifiée, que les médecins les laisseront mourir.  

Le tiers refuse  

Encore un peu plus du tiers des familles de donneurs potentiels refusent, dit-elle. Mais elle voit les mentalités changer, alors que la médecine a fait de grands pas.  

« [Pour les yeux, par exemple] maintenant, les médecins sont capables de ne prélever que les cornées et laisser les yeux en place », explique-t-elle, ce qui fait une différence pour l’acceptabilité.  

Vu son âge et son malaise inconnu, le foie, les poumons et le cœur de Mme Tee ont été écartés. Par contre, 70 % des personnes en attente d’une greffe ont besoin d’un rein. C’était donc un match parfait. Les reins ont d’ailleurs fonctionné immédiatement, ajoute l’infirmière.  

Mme Sherry souligne que le plus frustrant dans son travail survient lorsque des organes en santé ne trouvent pas de preneurs, soit à cause de leur taille ou d’un groupe sanguin incompatible.  

« Même si sa vie est terminée, elle a laissé deux reins et la vie continue pour eux », soutient Mme Sherry.