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La vie du pilote pris en otage chamboulée

TVA Nouvelles

Le pilote d’hélicoptère impliqué bien malgré lui dans l’évasion spectaculaire de détenus à la prison de Saint-Jérôme en 2013 a vu sa vie chamboulée, et ses projets d’avenir mis de côté.

Six ans après les faits, Sébastien Forey a accepté de raconter les suites de cette affaire qui lui a causé bien des soucis, lors d’une entrevue avec Jean-François Guérin au Québec Matin, jeudi.

Le 17 mars 2013, Sébastien Hudon-Barbeau se trouvait dans la cour extérieure de la prison de Saint-Jérôme quand une corde lui a été lancée d’un hélicoptère qu’il attendait.

Deux complices, Billi Beaudoin et Steven Mathieu Marchisio, qui était armé d’un revolver de calibre .38, avaient forcé le pilote Sébastien Forey, de la compagnie Héli-Tremblant, à survoler la prison où leur camarade était gardé. Un codétenu, Dany Provençal (condamné à sept ans de pénitencier dans cette affaire), a saisi la corde, suivi de Hudon-Barbeau.

Après trois minutes de vol, ils ont lâché prise avant de monter à bord de l’appareil qui s’est ensuite posé à Sainte-Adèle, près d’un hôtel où une Cadillac Escalade les attendait.

Deux «touristes» Les deux complices s’étaient simplement présentés comme deux touristes qui voulaient faire un tour de la région, mais pour Sébastien Forey, quelque chose ne tournait pas rond. «Déjà, avant le départ, je sentais qu’il y avait une espèce d’atmosphère bizarre. Deux jeunes qui viennent faire un tour d’hélicoptère d’une heure, ce n’était jamais arrivé à Tremblant. J’avais cette sensation étrange qu’il allait se passer quelque chose.»

C’est une fois arrivé à Saint-Sauveur, dans la zone de contrôle aérien de Mirabel que tout a changé «radicalement». «Ils m’ont enlevé mon casque et m’ont dit de me diriger à la prison de Saint-Jérôme», raconte-t-il.

L’appareil qu’il pilotait était tout petit, un Robertson R44, et ne contenait que quatre places, alors qu’ils étaient au final cinq personnes à bord, une situation à risque.

«Je le sentais dans mes commandes de vol, on avait déjà dépassé la limite. Il y avait de très bonnes chances qu’il y ait un crash. Heureusement il faisait froid et le moteur était plus performant lors de journées froides», détaille M. Forey.

Convaincu de se faire tuer

Le pilote, le dernier à savoir où il avait déposé les évadés et leurs complices, craignait d’être tué dans le stationnement de l’hôtel l’Estérel à Saint-Adèle, mais a eu la vie sauve.

Les criminels ont été arrêtés à la suite d’une vaste chasse à l’homme et condamnés devant le tribunal. Sébastien Forey, lui, en a gardé un profond traumatisme, ce qui lui a coûté sa licence de pilote. «Au début, j’avais beaucoup de mal à accepter ce qui s’était passé.

J’avais tout quitté en France pour venir réaliser mon rêve de devenir pilote d’hélicoptère, et là il m’arrive une histoire incroyable...», se souvient-il. Il dit avoir frappé un mur un an plus tard, lorsqu’il a recommencé à voler, et avait toujours du mal à accepter l’événement qu’il avait vécu. Sébastien Forey n’est plus pilote aujourd’hui: il est devenu facteur pour Postes Canada.

Il n’exclut toutefois pas de revenir à son ancienne passion et songe de plus en plus à retourner derrière les commandes d’un hélicoptère.

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