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17e Guignolée du Dr Julien: la pauvreté a beaucoup changé

Étienne Paré - Agence QMI

Père de la pédiatrie sociale au Québec, le Dr Julien tenait sa traditionnelle guignolée, samedi, dans le quartier Hochelaga, l'occasion pour lui de constater à quel point le portrait de la pauvreté a changé dans les dernières années. 

«Avant, il y avait Côte-des-Neiges, Montréal-Nord, Parc-Extension... Maintenant, la pauvreté s’est diffusée partout. Il y a des poches dans tous les quartiers. Des fois, c’est juste une rue ou un code postal», a fait observer Gilles Julien. 

Aussi improbable que cela ne puisse paraître, cette nouvelle réalité explique pourquoi une clinique de pédiatrie sociale ouvrira ses portes prochainement dans le secteur de Pierrefonds, dans l'ouest de Montréal, un secteur historiquement plus aisé. 

En tout, c'est aujourd'hui une quarantaine de points de service qui appliquent le concept du Dr Julien à travers le Québec. 

Une approche qui paye 

Les enfants de milieux défavorisés y ont non seulement accès à un médecin plus facilement, ils sont aussi appelés à participer à toute une vie communautaire. 

«On va au-delà des bobos physiques. C’est une approche plus centrée sur l’enfant, mais aussi la famille. Ça m’a amené beaucoup de confiance en moi», a confié Karolane Doré, qui était suivie par le Dr Julien à l'époque où il se déplaçait encore à vélo pour ses consultations à domicile. 

À 26 ans, elle s'efforce maintenant de redonner ce qu'elle a reçu. Embauchée cet été comme adjointe à la direction à la clinique d'Hochelaga, Karolane Doré ne s'est pas fait prier pour rentrer au travail samedi en cette 17e Guignolée. 

Les organisateurs s’attendaient à amasser environ 1,6 million $, une cagnotte qui servira à financer, entre autres, des activités d’art-thérapie et des camps de jour. 

«La première année, on a ramassé 700 $. Des enfants pauvres venaient avec des banques de sous noirs», a soulevé le Dr Julien. 

De nouveaux enjeux 

Beaucoup de choses ont évolué dans les 17 dernières années. Autour de la clinique, les condos ont poussé, amenant des familles plus fortunées à s’y établir. Si plusieurs organismes dénoncent cet [embourgeoisement]», Gilles Julien, lui, ne voit pas nécessairement ce phénomène d’un mauvais œil. 

«Si tu développes des condos et que tu ne développes pas de logements sociaux en parallèle, là, on n’est pas d’accord. Mais s’il y a une mixité, ce mélange est absolument fascinant parce que les enfants ne font pas de différence entre eux. Quand on prend des enfants plus [embourgeoisés], on demande aux parents de nous soutenir bénévolement ou de faire des dons», a-t-il expliqué. 

Le pédiatre s’inquiète davantage du nombre alarmant de cas d’anxiété chez ses patients. 

«Il y a des enfants anxieux avant l'âge de 5 ans. Ça nuit beaucoup au développement. Il y a toujours eu des cas de TDAH, d’autisme, de trouble du développement, mais l’anxiété, c’est un nouveau fléau», a-t-il alerté, déterminé à inverser la tendance. 

Car à 73 ans, le médecin assure ne même pas songer à la retraite.

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