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Quand la séparation devient un gouffre financier

Daniel Germain | Le Journal de Montréal

Je ne veux pas vous faire peur, mais je dirais que 95 % des gens se trouvent à « ça » de basculer dans la dèche ou de voir leur situation financière gravement se détériorer. Ça ne tient pas à grand-chose, nos affaires semblent parfaitement sous contrôle, puis il suffit d’un seul événement pour tout faire capoter.   

On n’a qu’à se faire annoncer, à 55 ans, que nos compétences sont passées de mode, qu’un robot sait faire la job, ou à tomber malade sans être assuré en cas d’invalidité.   

Vu comme ça, vous me répliquerez que 100 % des gens qui mettent le nez dehors sont à un doigt d’y laisser leur peau, qu’il suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment, comme dans l’angle mort d’un camion... et vous avez raison.   

C’est écrit dans le ciel   

L’un des événements qui appauvrissent le plus les individus n’a pourtant rien d’accidentel ou d’improbable : je vous parle de la séparation. Statistiquement, un couple a toutes les chances de se séparer un jour ou l’autre.   

La moitié des ménages québécois se défont en moins de cinq ans. Quant à ceux qui traversent cette phase critique, leur avenir n’est guère plus reluisant, les risques que ça casse augmentent à mesure que les années passent.   

D’abord, c’est fou ce qu’une séparation peut engendrer comme dépenses ! Il faut déménager (deux fois), payer deux logements au lieu d’un seul, et souvent deux voitures, si ce n’est déjà le cas. Les ex-conjoints devront se partager les biens et en acheter de nouveaux pour remplacer ce qui leur fait défaut (de la vaisselle aux électroménagers).   

Si le couple a des enfants, cela veut dire des chambres, des meubles et des jouets en double.   

Pour les jeunes couples qui ont acheté une maison, la rupture risque d’être financièrement sanglante ! Souvent, aucun des deux conjoints n’aura les moyens de conserver la résidence, ils devront alors se résigner à la mettre en vente. Dans bien des cas, une pénalité pour remboursement anticipé de l’hypothèque devra être déboursée, en plus de la commission au courtier immobilier.   

Si la séparation est acrimonieuse, il faudra vendre rapidement, donc à un prix peut-être moins élevé que dans une situation normale.   

À cela s’ajouteront le paiement de nouveaux droits de mutation immobilière si les ex s’achètent chacun un logement, des frais de notaires, des coûts d’inspection...   

Dans le cas d’un divorce, il y a bien entendu la facture d’avocat, le partage des REER et des régimes de retraite.   

Je ne parle pas du coût des dates Tinder qui suivront. Pour un temps, à défaut de pouvoir payer le restaurant, il faudra se contenter d’aller prendre des cafés, et se montrer très intéressant...   

Planifier la séparation   

Tout ça serait moins dramatique si les couples, dès le départ, planifiaient leurs finances comme s’ils allaient se séparer. Je le sais bien, si on pouvait mesurer le romantisme à l’aide d’un thermomètre, on se trouverait bien en dessous du point de congélation.   

Voyons alors la chose sous un autre angle : pourquoi ne pas tenir ses finances comme deux partenaires qui s’unissent pour réaliser des économies d’échelle et s’enrichir ? Ce n’est pas très chaud non plus, j’en conviens, mais c’est plus confortable.   

Lorsqu’ils emménagent ensemble, les amoureux partagent les factures, les paiements d’auto et les coûts du logement. À deux, ils n’ont pas besoin d’une maison deux fois plus grande, de consommer deux fois plus d’électricité ou de données internet et, bien souvent, de rouler dans deux voitures.   

Les couples disposent d’une marge de manœuvre que jalousent bien des célibataires. Si la séparation fait tant souffrir le portefeuille, c’est que les couples ont tôt fait d’empiéter sur cette marge, et même au-delà, avec la conviction qu’ils seront à jamais inséparables.   

L’union économique ne sert qu’à dépenser plus, jusqu’à ce que ça explose.