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Au bord de la faillite pour aider sa conjointe qui combat un cancer

Jean-François Racine | Journal de Montréal

Atteinte d’un foudroyant cancer du sein qui s’est propagé aux os, une jeune femme de 30 ans ne reçoit plus un sou pour se soigner dans la dignité depuis la fin des 15 semaines de prestations de l’assurance-emploi en cas de maladie. Son conjoint doit mettre les bouchées doubles pour subvenir aux besoins de la famille. 

Père de deux enfants, Daniel Deschênes tente de joindre les deux bouts, mais tous les soucis financiers provoquent un stress inutile. Justin Trudeau a promis des changements, mais des gens n’ont pas le temps d’attendre.  

« Je suis vraiment sur le bord de faire faillite. Je vais devoir redonner mon auto et peut-être aller vivre chez ma mère. J’ai deux mois de loyer en retard », lance-t-il.  

La situation du couple ne lui donne que très peu de répit. « J’essaye de gérer ça tout seul du mieux que je peux. J’ai beaucoup d’aide de mon employeur pour la nourriture. C’est très apprécié. On ne veut pas tout perdre. J’aimerais qu’elle garde un bon moral, mais je me casse la tête », ajoute M. Deschênes.  

Malgré son emploi dans une épicerie, sa conjointe, Angéline Renaud-Tétreault, n’a pas pu bénéficier de l’assurance collective des autres travailleurs de l’entreprise.  

Sans assurance privée, elle a vite épuisé depuis le mois de mai les 15 semaines prévues par l’assurance-emploi. Comme sa vie est menacée, elle ne peut pas non plus profiter du régime régulier d’assurance-emploi, qui s’adresse aux travailleurs qui cherchent du travail.  

Dernier recours  

Une demande d’aide sociale reste possible, mais les revenus de son conjoint ne lui laisseraient qu’une partie d’un maigre chèque. Après avoir épuisé ses économies, le couple a choisi de déménager dans une coopérative pour occuper un logement moins dispendieux. Ils songent aussi à se départir de leur voiture pour diminuer à nouveau leurs dépenses.  

Travailler avec la chimio?  

« Je ne peux pas travailler avec la chimio. On m’a dit d’aller faire 600 heures pour avoir droit encore au chômage maladie. On vient de m’enlever un sein. J’ai une plaie de 12 pouces et je dois guérir avant de traiter mon autre cancer, les métastases sur les os », explique Angéline.  

« J’irais travailler avec plaisir, mais je ne peux juste pas. On avait un bon train de vie, mais on manque de tout maintenant », affirme la jeune femme mal en point.  

Malheureusement pour elle, les métastases osseuses ne disparaissent habituellement pas complètement. Les traitements sont parfois appelés « traitements de soutien ».   

Depuis quelques mois, Angéline Renaud-Tétreault se sent abandonnée par le système. L’assureur exigeait un lien d’emploi de deux ans et une moyenne de 30 heures de travail par semaine.  

Malheureusement, son employeur, le IGA Deschênes, a fermé quelques mois pour des rénovations en 2017-2018. Le commerce n’est donc pas capable de remplir le second critère exigé par l’assureur, qui ne fait pas de sentiment. Pendant quelques mois, Angéline a travaillé dans un autre IGA, à Sillery.  

« Ça n’a pas de bon sens. On fait le maximum pour eux, mais la direction ne peut pas fournir la preuve en raison de la fermeture temporaire du commerce », précise Robert Deroy, représentant de service pour le syndicat des TUAC 500. 

Une campagne gofundme a été créée pour Angéline Renaud-Tétreault.   

Des malades n’ont pas le temps d’attendre   

Les libéraux de Justin Trudeau ont promis de bonifier le régime de l’assurance-emploi de 15 semaines à 26 semaines. Les personnes touchées demandent plutôt 50 semaines.  

Aucune modification depuis 1971.  

Une pétition a été signée par plus de 600 000 personnes.  

Le NPD et le Bloc appuient la demande de bonifier à un an les prestations de maladie de l’assurance-emploi.  

Le 9 décembre, le chef bloquiste Yves-François Blanchet et des survivants du cancer ont rencontré Justin Trudeau. Émilie Sansfaçon, une mère de Québec qui lutte contre un cancer colorectal, était présente. Elle sera bientôt forcée de retourner travailler.