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De toxicomane à intervenant

Alex Drouin | Journal de Montréal

Un ex-toxicomane, alcoolique et criminel, ayant séjourné au Partage Saint-François dans les années 90, est devenu intervenant pour cet organisme qui vient en aide aux personnes vivant dans la pauvreté. Sobre depuis quatre ans, il savoure aujourd’hui ce qu’il considère comme une deuxième chance.

Pendant un peu plus de 20 ans, Marco Poulin a vendu et consommé de la drogue sur une base quotidienne. « Je n’étais plus capable de vivre comme ça et je me serais possiblement pendu si j’avais continué ainsi », raconte l’homme aujourd’hui âgé de 54 ans.

Il se souvient très bien du jour où il a touché le fond du baril. « Je me suis effondré à genoux dans ma cellule [de prison] et je me suis dit que si je ne changeais pas, j’allais crever ici », raconte celui qui a finalement trouvé le courage de se reprendre en mains ce jour-là.

Une séparation difficile

La consommation de drogues et d’alcool de Marco Poulin a commencé alors qu’il était encore adolescent. Son père était lui-même alcoolique en plus d’être violent.

« J’aimais le feeling que me procurait l’alcool, car ça me permettait d’être moins gêné », dit-il en mentionnant qu’il était un enfant très anxieux.

Après avoir abandonné l’école en troisième secondaire, il est parti vivre en appartement dans un quartier défavorisé de Longueuil. Il a alors commencé à consommer régulièrement de la cocaïne. En se levant le matin, il n’était pas rare qu’il engloutisse une dizaine de bières.

Durant cette période, son père, un homme qui n’avait aucun passé criminel, a commencé à vendre de la drogue afin de « joindre les deux bouts ». « C’était facile pour moi de m’en procurer parce qu’il pouvait m’en donner », fait-il valoir.

Lorsque son père est tombé malade, le jeune homme a décidé de suivre ses traces et de reprendre ses clients.

Un séjour en prison

À l’aube de la vingtaine, Marco Poulin avait trouvé l’amour et attendait son premier enfant, une fille. Mais sa soif de drogue et d’argent facile l’a poussé à commettre un vol dans un dépanneur.

« J’ai eu l’idée de voler un dépanneur dans le but de me pratiquer et de faire des vols dans de plus grands commerces. J’avais la pensée magique de payer ma consommation de drogue et de récolter de l’argent pour subvenir aux besoins de ma famille », dit-il légèrement honteux.

Il est reparti avec un peu plus de 200 $ et des cigarettes. Mais les policiers l’ont vite retrouvé, et il a écopé de trois ans de prison pour vol qualifié.

Son séjour en prison lui a fait rater la naissance de sa fille. « Je m’en voulais tellement », confie-t-il. D’ailleurs, 32 ans plus tard, il ne se pardonne toujours pas d’avoir manqué cet événement.

Des années difficiles

À sa sortie de prison, il est retombé dans ses vieilles habitudes et a recommencé à commettre des vols.

Au cours des années suivantes, il a fait des allées et venues en prison pour divers crimes, dont voies de fait, agression armée, introduction par effraction, fraude et possession d’armes. « J’ai écopé d’environ 10 ans de prison et j’en ai purgé au moins six », estime-t-il.

Il a cependant toujours eu une petite voix qui l’incitait à se ranger et à prendre soin de sa fille qui était maintenant devenue adolescente et qu’il voyait très peu.

« Je voulais me ranger pour elle, mais je n’avais pas la capacité de le faire ni le bon entourage », dit-il avec regret.

Marco Poulin reconnaît qu’un fossé s’est creusé entre lui et sa fille pendant plusieurs années en raison de son rythme de vie qui était autodestructeur et inapproprié pour un enfant.

Une thérapie salvatrice

Au début des années 2000, à ce moment dans la mi-trentaine, Marco Poulin a réalisé qu’il devait absolument changer de vie.

Il purgeait alors une peine de prison pour deux vols qualifiés. À genoux dans sa cellule, il a compris qu’il allait mourir s’il ne se prenait pas en mains.

« Je me suis demandé ce que j’avais de bon en moi et ce que je pouvais faire de ma vie », se souvient-il.

Les réponses sont venues d’elles-mêmes.

« J’ai réalisé qu’il me restait ma fille et mon expérience de vie que je pouvais partager aux autres afin qu’ils évitent de faire les mêmes erreurs que moi. Lorsque je suis sorti de prison, j’ai commencé une thérapie avec cet état d’esprit qui m’a sauvé la vie », ajoute-t-il.

Ce n’était pas la première thérapie qu’il entreprenait. Mais celle-ci a été la bonne.

« Cette fois-ci, je voulais m’en sortir, ce qui n’était pas le cas pour les autres que j’ai faites », précise-t-il.

Il a alors décidé de retourner à l’école pour finir son secondaire et entreprendre des études en toxicomanie.

Installé à Sherbrooke depuis la fin des années 1990, il a commencé à travailler comme intervenant de nuit quelques années plus tard au Partage St-François, qui vient en aide aux personnes vivant dans la pauvreté. Un endroit qu’il a lui-même fréquenté pendant plusieurs mois lorsqu’il est arrivé en Estrie.

« J’ai finalement appris à mieux me connaître au fil des années et à réaliser tout le mal que j’avais fait aux autres, dont à ma fille aînée », dit avec remords celui qui a maintenant une seconde fille âgée de 14 ans.

L’aînée, elle, a maintenant 32 ans.

« Je m’en veux tellement de lui avoir fait subir tout ça », ajoute-t-il, en larmes.

Donnez au suivant

Marco Poulin travaille au Partage St-François depuis presque 10 ans maintenant.

« J’ai vécu la même chose que les gens qui viennent ici et je peux les comprendre », souligne-t-il.

Lorsqu’il voit une nouvelle personne franchir les portes de son lieu de travail, il lui arrive de se revoir étant plus jeune.

« Certains ont été là pour moi lorsque je ­n’allais pas bien, et c’est à mon tour d’aider », dit-il solennellement.

A-t-il peur de retomber dans ses vieux démons en côtoyant des personnes qui ont eux aussi un parcours de vie difficile ?

« Non, car maintenant je sais c’est quoi être heureux », répond-il sans hésiter.

« Les aider me permet de faire la paix avec moi-même », ajoute-t-il.

L’automne dernier, l’intervenant social a présenté au Cégep de Sherbrooke une conférence intitulée La différence dans l’indifférence dans laquelle il est revenu sur son parcours de vie.

Dans l’assistance se trouvaient ses deux filles.

« Ma plus vieille m’a déjà dit qu’elle était fière de moi et que j’étais son idole », dit-il avec émotion.