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Un cuisiner français implore l’État de l’autoriser à travailler

Caroline Lepage - Journal de Montréal

CAROLINE LEPAGE

Un cuisinier-boucher français qui se dit victime d’un manque de suivi d’Immigration Canada se désole d’être expulsé du pays, avec sa famille, alors que la restauration vit une pénurie de main-d’œuvre sans précédent. 

«On est plus qu’à bout. On en dort presque plus la nuit. C’est pire avec le temps des Fêtes qui arrive», souffle Jean-Claude Burignat, découragé.  

Ce Français est arrivé au Québec le 25 janvier 2017, avec sa femme et ses deux enfants. Il détenait un visa fermé et un permis de travail de deux ans du programme jeunes professionnels (PJP) comme cuisiner-boucher dans une coopérative alimentaire de Drummondville. 

En mai 2017, l’homme a été congédié et la coop a fermé ses portes, peu de temps après. 

Suivant les conseils d’Immigration Canada (IC), ce travailleur français a renvoyé un formulaire pour qu’on lui autorise un changement d’employeur, car le restaurant la Cage aux sports voulait l’embaucher pour le reste de son permis de travail. 

Aucun suivi 

Le Ministère a confirmé au Journal avoir reçu la requête, mais déclare l’avoir retirée, en août 2017, sans la traiter. 

«Aucune décision n’a été rendue», informe la porte-parole, Nancy Caron. 

Celle-ci indique que la demande aurait été reçue en double, en refusant d’expliquer ce que cela signifiait malgré les demandes du Journal

M. Burignat affirme ne jamais avoir été informé du retrait de sa requête. Convaincu que son dossier était en règle, il a débuté son travail à la Cage aux sports de Drummondville. Sa conjointe, Élodie Burignat, a également été embauchée à la cuisine. 

Appréciant la vie au Québec, la famille a soumis, à l’automne 2018, une demande pour obtenir un Certificat de sélection Québec (CSQ) pour que M. Burignat puisse ensuite renouveler son permis de travail. 

En appelant le service à la clientèle d’Immigration Canada, le cuisinier français a appris, le 15 octobre 2018, que son changement d’employeur n’avait jamais été effectué. 

Aberrant 

Faute d’avoir un permis de travail valide, M. Burignat s’est fait refuser son CSQ, qui bloque depuis son dossier à l’immigration. Sans statut, le couple a perdu son emploi et doit quitter le pays. 

La Cage aux sports refuse de commenter la situation. Caroline Meilleur, au siège social, a confirmé que la chaîne effectuait une mission en Tunisie, en novembre dernier, pour embaucher des travailleurs à cause de la pénurie de main-d’œuvre. 

«Je trouve aberrant qu’on doive recruter du personnel à 6500 km d'ici, alors que je suis sur place et je n'attends qu'à travailler », s’indigne M. Burignat. 

L’homme de 38 ans ne demande pas d'excuse, mais juste un visa conforme, le temps qu'il régularise son dossier et que sa femme et lui recommencent de travailler. 

«Ma grosse erreur, c’est d'avoir omis d'engager un avocat pour qu'il s'occupe de mon dossier», dit celui qui préférait garder ses minces économies pour faire vivre ses enfants. 

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