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Retrouver le plaisir de dépenser sans remords

Daniel Germain | Journal de Montréal

Woman tapping credit card on payment terminal

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Ce week-end et jusqu’à lundi, nous serons des milliers à envahir les magasins, à la quête de cadeaux de dernière minute. Année après année, le 23 décembre se hisse parmi les journées les plus achalandées dans les commerces, si ce n’est au sommet.

L’expérience a beau être pénible, nous n’apprenons pas. Habillés de notre manteau d’hiver, nous devrons jouer du coude sur fond de Jingle Bells, les nerfs à vif, le dos en sueurs, le nom du petit Jésus au bout des lèvres. Nous risquons de ne pas trouver ce que nous cherchons, pour autant que nous le sachions. Dans tous les cas, il faudra improviser, acheter quelque chose à emballer, n’importe quoi !

Je lisais récemment que la plupart des cadeaux offerts le soir du 24 décembre décevaient ceux à qui ils étaient destinés. Même les enfants, à un certain âge, paraissent blasés. Tout ça, pour ça...

Ce qu’il restera de nos efforts ultimes de magasinage, finalement, pourrait bien être des déchets et de persistantes égratignures sur la carte de crédit.

L’achat spontané

Intense à l’approche de Noël, la déferlante d’achats impulsifs n’est pas pour autant un phénomène saisonnier. Toute l’année, nous achetons des objets sur des coups de tête, sans qu’ils répondent à un besoin criant ou procurent un plaisir durable.

C’est vrai que l’accès facile au crédit, le paiement électronique, le commerce en ligne et la publicité qui nous suit jusqu’au lit ont levé les derniers obstacles à notre spontanéité ; pour combler nos moments d’insomnie, il nous est maintenant possible de commander un aspirateur-robot au beau milieu de la nuit.

Le fun est dans l’anticipation

Cette facilité ne nous laisse aucun temps pour désirer ce qu’on achète, ce qui nous prive de l’aspect sans doute le plus agréable de consommer : l’anticipation.

Il m’a toujours semblé qu’une bonne partie du plaisir résidait en amont de l’expérience. C’est comme avec les préparatifs d’un voyage, par exemple. Il est excitant de réfléchir à l’itinéraire, de lire des guides, de déterminer les lieux à visiter, de choisir les endroits où dormir.

Lorsque l’on comptabilise l’étape d’organisation, qui s’étend sans doute sur une plus longue période que les vacances elles-mêmes, le retour sur l’investissement, le fun par dollar dépensé, apparaît nettement supérieur. Ce rendement sera encore meilleur si l’argent nécessaire au financement a été épargné d’abord, plutôt que remboursé ensuite.

La même magie opère lorsqu’on planifie un achat un tant soit peu important. Je ne pense pas à un escabeau, mais, disons, à une télé, à des meubles de salon ou à un barbecue. Il y a quelque chose d’amusant à comparer les caractéristiques des modèles, à voir fluctuer les prix, à imaginer la chose chez soi. Le plus beau, c’est qu’on peut toujours faire durer un peu le plaisir.

On ne se le cachera pas, une fois entré dans la maison, le nouveau « jouet » ne nous excitera jamais autant que durant le temps où on l’a désiré.

Principes de la consommation vraiment amusante

Que ce soit dans un magasin physique ou en ligne, on ne devrait jamais succomber pour une chose sur le coup de l’émotion. Il faudrait toujours attendre au moins 24 heures avant de l’acheter. La plupart du temps, l’envie passera.

Pour les biens importants, le fait d’épargner l’argent nécessaire à l’achat donne le temps de réfléchir sur ses véritables besoins. Entre-temps, le produit convoité a toutes les chances d’être affiché en solde ou d’être supplanté par un meilleur choix.

Pour un voyage dans le Sud, faites l’exercice : ramassez l’argent avant. Quand vous aurez accumulé la somme nécessaire, posez-vous la question : est-ce qu’une petite semaine vaut la peine que vous vous êtes donnée ? La réponse est oui ? Partez !

L’achat des cadeaux de Noël et d’anniversaires devrait être planifié. Le magasinage de dernière minute donne rarement de bons résultats. L’expérience sera désagréable pour celui qui donne et décevante pour celui qui reçoit.