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Richard Desjardins et son organisme continuent le combat

Amélie St-Yves | Le Journal de Montréal

Plus effacés depuis quelques années, Richard Desjardins et son Action Boréale ont l’intention de se battre pour la protection des caribous forestiers, même après avoir été récemment expulsés des consultations gouvernementales.  

« On va parler plus directement, enlever les gants blancs et le langage trop poli. On ne sera pas insultant, mais on va parler beaucoup plus crûment », mentionne le président d’Action Boréale, Henri Jacob.  

Si le gouvernement ne veut pas s’asseoir avec l’organisme à but non lucratif basé en Abitibi-Témiscamingue, l’échange se fera par l’entremise des médias, poursuit-il.  

Action Boréale a été cofondé il y a 20 ans par le chanteur et poète Richard Desjardins et vise la sauvegarde de la forêt boréale ainsi que de son écosystème.  

Dans une lettre ouverte signée par MM. Jacob et Desjardins, le groupe écologiste dénonce le traitement qui leur a été réservé après avoir questionné les compétences d’un haut fonctionnaire dans un communiqué au début du mois.   

Expulsé et mise en demeure  

Les signataires déplorent notamment que l’organisme ait été expulsé des groupes régionaux consultés par le gouvernement pour la stratégie de sauvegarde des caribous forestiers et montagnards, le 10 décembre dernier.   

Au même moment, Action Boréale recevait une mise en demeure de Québec pour qu’ils retirent leurs propos.  

Le ministre Pierre Dufour est lui-même ciblé dans la lettre de l’organisme.  

Quelques milliers à peine  

Il ne resterait qu’entre 6500 et 8000 caribous forestiers au Québec, une espèce qui a besoin d’immenses forêts très peu perturbées pour survivre en hiver.   

Ces bêtes se nourrissent de lichen lors de la saison froide, soit des champignons qui ne poussent que dans les forêts matures.  

Cela explique qu’on ne puisse pas exploiter la forêt et la reboiser sur les territoires des caribous forestiers, si on espère les sauver : le lichen peut prendre 50 ans à se renouveler.   

Sans compter que les chemins forestiers facilitent le déplacement des loups, qui en sont des prédateurs.  

À peine une douzaine  

Il ne resterait qu’une douzaine de caribous forestiers à Val-d’Or. Henri Jacob craint que si on jette l’éponge maintenant, cela vienne créer un précédent, et que la situation se reproduise ailleurs.  

« Ce qu’on défend depuis les années 80, c’est qu’il faut apprendre à gérer le territoire selon ses capacités, et non selon la demande des industries forestières. Et c’est là que le caribou devient un symbole. Pour les industries, il est un frein à récolter plus », dit M. Jacob  

Toute une saga  

MAI 2014  

Le chef du Parti libéral Philippe Couillard déclare en campagne électorale qu’il ne « sacrifiera pas une job dans la forêt pour les caribous forestiers ».  

Mars 2018  

 Québec renonce à sauver les 18 caribous forestiers restants à Val-d’Or parce que ça coûterait trop cher.   

Août 2018  

Richard Desjardins d’Action Boréale, Greenpeace Canada et Nature Québec déposent une pétition de 17 000 noms pour faire des caribous de Val-d’Or un enjeu électoral  

Novembre 2018  

Action Boréale dépose un plan au gouvernement de la Coalition avenir Québec pour sauver les caribous de Val-d’Or.  

Avril 2019  

 Le 3 avril 2019, le ministre Pierre Dufour annonce une « démarche collaborative avec les partenaires clés concernés » qui permettrait « d’élaborer et d’optimiser la stratégie d’ici 2022 ».  

Décembre 2019  

 Le torchon brûle entre Action Boréale et le gouvernement  

Extraits de la lettre  

« C’est quand même quelque chose d’avoir accompli ce parcours en dépit de gouvernements qui persistent à considérer la forêt comme un simple réservoir de mètres cubes de bois à mettre à la disposition de l’industrie. »  

« Nous avons obtempéré sans reconnaître aucune accusation de libelle, notre organisme ne disposant pas du même arsenal juridique qu’un ministère doté d’un budget de 500 millions. »  

« Ses interventions sont régulièrement incohérentes et semblent être compensées par des propos intempestifs. C’est lui qui vient de déclarer que de couper encore plus d’arbres est un geste écologique, qui autorise maintenant des opérations forestières dans le territoire des caribous forestiers, alors que celui-ci est sous étude pour encore trois autres années. » [Au sujet du ministre Pierre Dufour]  

« Nous faire fermer la gueule ? À suivre. »  

Cliquez ici, pour lire la lettre intégrale

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