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André-Philippe Gagnon: la famille avant tout

Michel Jasmin | Agence QMI

GEN-CELINE-DION

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Même s’il a une importante carrière internationale, André-Philippe Gagnon a toujours priorisé sa vie familiale.  

Père de deux enfants, Camille et Jules, l’imitateur a réussi avec brio la conciliation travail-famille. Alors qu’il s’apprête à vivre un grand retour à la scène dans un spectacle intitulé «Je suis André-Philippe Gagnon», l’homme aux mille et une voix nous fait l’honneur de quelques confidences. 

André-Philippe, je me souviens que lorsque nous avons fait une entrevue ensemble à Vegas, vous aviez déjà 18 ans de carrière... et nous voilà déjà 18 ans plus tard! 

C’est ce qui arrive quand on commence sa carrière à 11 ans! (rires) 

Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu de vos nouvelles... 

J’ai eu la chance de faire encore une fois la première partie du spectacle de Céline en 2016.  

Ça m’a amené à monter sur la scène de Bercy. Je l’avais déjà fait en 1998. À l’époque, Céline et moi avions la même attachée de presse, Francine Chaloult, qui avait eu la bonne idée de proposer que je fasse la première partie de Céline pour la tournée «Let’s Talk About Love».  

Cela m’avait donné beaucoup de visibilité et m’avait permis de décrocher mon contrat à Las Vegas. Moi, avant d’avoir une carrière, je voulais une famille et voir grandir mes enfants.  

Las Vegas était le seul endroit, à part Broadway, qui m’offrait la possibilité d’avoir un contrat de plusieurs mois au même endroit. Jules avait un an et demi, Camille, quatre ans. En faisant la tournée avec Céline, j’avais réalisé que je ne voulais pas vivre dans les aéroports, mais être avec mes enfants. Cette tournée a donc été un tournant pour moi. C’est comme ça que j’ai débuté au Venitian et que j’ai abouti par la suite au Paris, à Las Vegas. Pendant près de neuf ans, j’ai vécu là-bas. La deuxième langue qui était enseignée à mes enfants à l’école, c’était l’espagnol. Ils apprenaient le français à la maison. C’était bien pour eux, mais aussi pour moi. Ça me permettait d’aller dîner avec eux presque tous les jours. 

Vos enfants ont donc vécu une situation idéale... 

Je pense que oui. Ça m’a permis d’être très présent pour mes enfants et d’avoir une belle relation avec eux qui dure encore aujourd’hui. Jules, Camille et moi avions des soupers qui deviennent des réunions de production. Je leur parle de mes idées, ils me font des propositions. Lorsque j’ai fait le Casino de Paris en février dernier, Camille m’avait suggéré de faire un long silence au début du spectacle... Chaque fois que je commençais un show, j’avais une pensée pour elle. C’était son idée. C’est encore auprès d’eux que je vérifie les imitations quand je fais de nouveaux groupes afin de m’assurer que ça tient la route. 

Où en êtes-vous aujourd’hui? 

J’en suis à un autre tournant. Je m’implique davantage dans la construction et la production d’un nouveau spectacle intitulé «Je suis André-Philippe Gagnon». L’équipe proposée est formidable! Ça me permet de réaliser quelque chose de très différent de ce que je faisais avant. Mes imitations seront un peu plus longues, mais toujours dans un contexte humoristique. Les gens auront le temps de les apprécier davantage. 

Même si vous avez une magnifique carrière, vous est-il arrivé d’avoir peur d’être oublié par le Québec? 

Sûrement, parce que je ne tiens rien pour acquis... L’imitation aurait pu passer de mode, mais il fallait penser aussi à se renouveler. Et, surtout, il faut croire en ses projets! 

Pouvons-nous parler de votre vie amoureuse ou est-ce tabou? (Rires) 

Nous pouvons, nous pouvons! Ça fait quatre ans que Marie-Claude et moi sommes séparés. On a été ensemble 32 ans, puis en 2016 nous nous sommes séparés. Ce n’est pas quelque chose dont j’ai parlé... 

Quatre ans plus tard, comment vivez-vous cette séparation? 

Je suis passé par les étapes nécessaires... J’étais certain qu’entre nous, c’était pour la vie. Ce qui est important pour moi, c’est ma relation avec Camille et Jules. Marie-Claude et moi souhaitons continuer à être les bons parents que nous avons été. 

Je crois que la famille a toujours été prioritaire pour vous. C’est le cas? 

Tout à fait. Le fait que j’aie pu concilier ma carrière et ma vie familiale à Las Vegas a fait en sorte que j’ai mis sur pause toutes mes activités au Québec et sur la côte Est. C’est pourquoi revenir après tout ce temps demande d’avoir la bonne équipe et d’être bien entouré. 

Camille et Jules ont-ils été tentés d’aller vers l’industrie du spectacle? 

Camille chante bien et juste. Elle a une mémoire fabuleuse pour les paroles des chansons. Jules, quant à lui, imitait ses professeurs. Parfois, il imite les gens qu’il rencontre, et je constate qu’il a une bonne oreille. Il aurait peut-être une certaine facilité à faire ce métier, mais il ne se dirige pas vers ça. C’est normal. À deux ans, on imite nos parents, puis on passe à autre chose. Moi, je suis resté à cette phase! (rires) Je n’ai pas beaucoup évolué... À sept ans, j’essayais d’imiter Tweety Bird. La réaction de mon frère m’avait permis de croire que je pouvais faire des imitations devant mes amis à l’école. J’étais vraiment timide... 

Que font vos enfants aujourd’hui? 

Ils sont tous deux à l’université. Camille est en relations publiques, Jules, en finances internationales. J’apprends beaucoup d’eux. Ils ont une belle discipline, un beau cœur, une belle manière de faire les choses. J’ai toujours respecté leur intelligence. Nous avons toujours communiqué. La naïveté des enfants et leur manière de voir la vie nous confirment que nous compliquons souvent les choses... J’ai beaucoup appris d’eux. Comme je les admire beaucoup, je voulais qu’ils aient des raisons de m’admirer, eux aussi... 

Sont-ils conscients de votre désir d’être présent pour eux? 

De plus en plus. Quand ils sont jeunes et que leurs parents s’occupent d’eux, c’est normal! Plus les enfants vieillissent, plus ils voient qu’ils doivent faire des concessions. Ils constatent qu’on fait de la place dans nos horaires pour faire en sorte de les accommoder - on les conduit ici et là, on les conseille du mieux qu’on peut -, mais en les laissant faire leurs choix. J’ai essayé de me consacrer à mon travail et à ma famille. Même lorsque je travaillais à l’extérieur, je faisais des allers-retours. 

Vous arrive-t-il d’être nostalgique? 

Bien sûr. J’ai gardé des mots que mes enfants m’ont écrits et que j’aime relire. Je les conserve comme des trophées. Je trimballais toujours avec moi des cartes que les enfants m’avaient offertes pour la fête des Pères ou des photos. J’ai tout conservé. Ce sont de si beaux souvenirs! Lorsque nous passons du temps ensemble, je leur dis à quel point je l’apprécie. Je suis conscient que je vais bientôt avoir un horaire de fou! Et eux aussi ont les leurs. 

Malgré tous vos acquis professionnels, avez-vous le sentiment de devoir recommencer, en quelque sorte? 

Oui, mais c’est un plaisir. Je veux surprendre d’autres générations. J’ai été longtemps absent. Ceux qui m’ont encouragé à mes débuts, à l’époque du «Tonight Show», ce sont des boomers qui prennent ça un peu plus relaxe et qui ont du temps pour venir voir mes spectacles. Je suis content de leur montrer où j’en suis aujourd’hui. 

Y a-t-il des personnages actuels que vous avez de la difficulté à imiter? 

Toutes les voix et les sons que j’ai faits par le passé, ça m’aide à faire de nouvelles voix. La grande différence dans ce nouveau spectacle, c’est qu’il y aura un orchestre de cinq musiciens et un immense écran sur lequel on projettera des bouts de films, que je compte faire moi-même et qui me permettront de faire des duos. 

Y a-t-il des voix que vous n’avez jamais été capable de reproduire? 

Surtout du côté féminin... (rires) Je peux faire certaines voix féminines, mais pas toutes. Depuis que j’ai cessé de fumer à Las Vegas - pour que mes enfants ne m’identifient pas à une odeur de vieux cendrier! -, je réussis à maîtriser des voix plus aiguës. 

Avez-vous eu peur de vieillir et de connaître des changements en ce qui a trait à votre voix? 

À Las Vegas, il fallait vraiment que je prenne soin de ma voix. Je le fais encore quand j’ai une série de spectacles. Quand j’avais 20 ou 30 ans, je ne pensais pas à reposer ma voix. Maintenant, quand je fais quatre ou cinq shows d’affilée, je fais comme Céline après ses spectacles, je me repose les cordes vocales. 

Avez-vous toujours eu cette discipline? 

Vers 40, 50 ans, je me suis davantage surveillé: j’ai cessé de fumer, je me suis organisé pour bien manger, pour prendre des vitamines afin d’être en forme. Je fais encore des imitations que je faisais il y a très longtemps. Il n’y a pas eu de changement dramatique dans ma voix. Je travaille aussi mon cardio. Je ne veux pas être limité dans mes propositions en spectacle. 

Vous préparez une tournée pour 2020. Où serez-vous précisément? 

À Québec, Montréal et Gatineau, aux États-Unis, au Canada anglais, en France et en Belgique. En espérant que le public sera au rendez-vous... 

Vous faites votre métier depuis près de 40 ans. Avez-vous des regrets? 

Pas du tout! Il ne faut pas en avoir! Si on changeait une chose, tout le reste serait changé. Au lieu de cultiver les regrets, il faut plutôt s’acharner à créer de nouveaux souvenirs, de beaux moments qui meubleront nos pensées, ce qui nous évitera de ressasser le passé. J’ai un côté nostalgique, mais je suis tourné vers l’avenir. Après tout, il y a de si beaux projets qui m’attendent... 

On s’informe sur ses projets à andrephilippegagnon.com.  

L’imitateur a mis sur pied un site où il offre 5000 propositions de vœux d’anniversaire personnalisés, passant de Frank Sinatra aux Rolling Stones! singawish.com.