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Il y a 40 ans un incendie tuait 48 personnes

Amélie St-Yves | Journal de Montréal

Quarante ans après un incendie qui a tué 48 personnes dans le village minier de Chapais, au Nord-du-Québec, il est encore commun d’y croiser des grands brûlés dont les cicatrices rappellent un des pires drames de l’histoire du Québec.         

« Évidemment, on fait abstraction de ça. Mais quand des gens viennent de l’extérieur et voient ça pour la première fois, c’est quand même frappant », mentionne le maire Steve Gamache.         

  

  

Il était âgé de 13 ans quand il a vu la salle communautaire de sa ville brûler tôt le matin du 1er janvier 1980, tandis qu’il revenait d’écouter le Bye bye chez sa grand-mère avec ses cousins.         

Il était légèrement passé 1 h du matin, les pompiers venaient d’arriver et il y avait un attroupement à l’extérieur. Les enfants se sont inquiétés.         

« On savait que la fête du jour de l’An se passait à cet endroit-là », raconte-t-il.         

La salle communautaire de Chapais était effectivement bondée, dans la municipalité qui comptait environ 3500 personnes à l’époque.        

Branches d’arbres         

Des branches d’arbres résineux formaient une arche décorative autour de la porte principale de la salle. Florent Cantin, un fêtard de 21 ans, s’était amusé à allumer ces branches avec son briquet, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus les éteindre et que tout s’embrase. Les extincteurs ne sont pas venus à bout des flammes.         

Le feu s’est propagé au plafond, causant une panne d’électricité. Des gens paniquaient dans l’obscurité pendant que certains manquaient d’air.          

Il y avait deux autres portes. Certains ont réussi à sortir à temps, d’autres sont tombés d’asphyxie avant d’arriver à l’air frais.          

Quarante et une personnes sont mortes dans les flammes et sept autres ont succombé à leurs blessures dans les jours suivants. On a aussi dénombré une cinquantaine de blessés.         

Les funérailles de plusieurs victimes ont été célébrées en même temps.

Photo d'archives

Les funérailles de plusieurs victimes ont été célébrées en même temps.

Tissés serrés         

Le maire Steve Gamache y a notamment perdu son enseignante de mathématiques de 2e secondaire.         

« Du jour au lendemain, quand on revient en classe, c’est un nouveau professeur. Et on sait très bien ce qui est arrivé. Tout le monde a été touché, de près ou de loin. Dans les petites communautés, les gens sont tissés serré », se rappelle-t-il.          

Le premier ministre René Lévesque a assisté à la cérémonie avec le maire de la ville, M. Gérard Pellerin, brûlé aux mains et au visage.

Photo d'archives

Le premier ministre René Lévesque a assisté à la cérémonie avec le maire de la ville, M. Gérard Pellerin, brûlé aux mains et au visage.

Une quarantaine de cercueils ont été ensevelis dans une fosse commune, au village. Florent Cantin a purgé une peine de deux ans moins un jour de prison.         

Depuis 40 ans, le temps a apaisé les blessures, mais ce drame plane toujours sur la municipalité, selon le maire.         

« La communauté va toujours être marquée », laisse-t-il tomber.         

Le site de l’ancienne salle communautaire est toujours vide, à l’exception d’un mémorial. Le maire ne croit pas qu’il y aura une construction un jour.          

Une messe dédiée aux personnes décédées et à leur famille se tiendra le 1er janvier à Chapais, comme c’est le cas chaque année.         

4 tragédies meurtrières  

1er janvier 1980 : 48 morts   

Incendie dans une salle communautaire fait 48 morts à Chapais, au Nord-du-Québec                

13 octobre 1997 : 44 morts   

Accident d’un autobus aux Éboulements, dans Charlevoix                

6 juillet 2013 : 47 morts  

Déraillement de train à Lac-Mégantic, en Estrie                

23 janvier 2014 : 32 morts  

Incendie d’une résidence pour personnes âgées, à L’Isle-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent                

Une universitaire écrit un livre sur la tragédie  

La municipalité a mis des années à se remettre du drame, selon la docteure en travail social Thérèse Villeneuve, qui lancera un livre sur les conséquences de cette tragédie au printemps.         

Elle retient que la population s’est unie à travers le drame, mais que beaucoup de gens n’ont pas exprimé leur souffrance, car tout le monde connaissait quelqu’un pour qui s’était pire.         

« C’était vraiment très dur à vivre pour les gens qui se retrouvaient constamment avec des personnes souffrantes », explique-t-elle.         

Le livre à paraître est basé sur sa thèse de doctorat qui a notamment abordé l’impact sur la vie communautaire, la recherche de boucs émissaires, le rétablissement des grands brûlés, de même que les troubles de consommation et de santé mentale qui ont suivi le drame.         

Peur du feu         

« Il y a des gens qui, depuis ce temps-là, ont peur du feu, qui ne peuvent pas supporter les foules ou d’être enfermés dans des endroits clos », souligne-t-elle.         

Elle note qu’après coup, les écoles voulaient tellement éviter d’autres drames qu’il y a eu des exercices d’évacuation avec de la présence de vraie fumée, ce qui a parfois effrayé les enfants encore plus.         

Les citoyens sont très sensibilisés aux risques  

Le directeur du service de sécurité incendie de Chapais, Patrice Devin, estime que les résidents de la municipalité prennent aujourd’hui les risques d’incendie très au sérieux, car ils sont conscients des dangers.         

« Tout le monde y pense et a une crainte de ce côté-là. Pour ce qui est de la prévention, c’est peut-être plus facile. Quand on en fait et qu’on explique des choses, le monde est réceptif », explique Patrice Devin, originaire de l’endroit.         

Le maire Steve Gamache abonde dans le même sens.         

« On a vécu une tragédie. C’est sûr qu’en termes de prévention, on est toujours sur la coche, on est sensibles à ça », souligne le maire.         

Imprégnés         

M. Devin n’entend pas parler du drame toutes les semaines, mais l’impact demeure présent, selon lui.         

« C’est quelque chose qui reste imprégné en nous. Originaires de Chapais ou pas, [les citoyens] sont conscients de ce qui s’est passé », explique-t-il.         

Les pompiers ont par ailleurs ajouté l’année 1980 sur leur nouveau logo inauguré en 2017, en mémoire de la tragédie.