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Les chevaux à Montréal, c’est bien fini

GEN-CALECHE-MONTREAL-MORATOIRE

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

La métropole tourne la page sur près de 400 ans d’histoire en imposant la fin des calèches dans le Vieux-Montréal. Une conclusion qui n’aurait pas été possible autrefois tellement les chevaux étaient indispensables au bon déroulement de plusieurs activités à Montréal.  

Plusieurs bêtes ont donc fait leur dernier tour de piste ces derniers jours, l’interdiction des calèches entrant en vigueur aujourd’hui. Aucun attelage ne pouvait être aperçu dans les rues hier lors des passages du Journal de Montréal, les conditions météo étant peu favorables.   

Ce règlement est issu du débat entre ceux qui réclament l’interdiction des calèches au nom de la protection des bêtes et ceux qui souhaitent le maintien dans nos rues des chevaux, qui font partie de notre patrimoine.    

Par exemple, « jusqu’aux années 1930 environ, tous les services municipaux fonctionnent avec les chevaux : la charrette pour transporter les ordures à l’incinérateur, les citernes pour lutter contre les incendies, les traîneaux, l’hiver, pour chasser la neige... Tout est tiré par des chevaux », explique l’historienne Éliane Bélec.    

Ces bêtes étaient employées à toutes les sauces en raison de leur force de travail inégalable à l’époque.   

« C’est un des animaux qui accompagne le plus le développement des civilisations, particulièrement en Occident », ajoute-t-elle.    

Cadeaux du roi  

Dès 1665, le roi Louis XIV envoie en Nouvelle-France une douzaine de chevaux de ses écuries. C’est ce qui marque le début de la race du « petit cheval canadien », brun et résistant aux climats d’ici.    

Au fil du temps, d’autres espèces sont introduites dans le paysage montréalais, notamment avec l’arrivée des Britanniques. À cette époque, de nombreux marchands de foin, maréchaux-ferrants, écuries et vétérinaires parsemaient le paysage montréalais.   

« Les chevaux sont complètement indispensables. Il n’y a pas de services de charretiers, il n’y a pas de service de transport à distance. [...] Si tu n’es pas à cheval, tu es à pied ou à bras d’homme », illustre l’historienne.    

Leur travail reste essentiel pour les habitants du pays jusqu’à l’arrivée du chemin de fer et des locomotives à vapeur. Les derniers véhicules tirés par des chevaux sont remplacés dans les années 1930 et 1940.    

Contourner les règles  

Le 20 août 2018, l’administration Plante, a décidé d’interdire le commerce de transport de personnes au moyen d’une calèche sur le domaine public le 31 décembre 2019. En d’autres mots, il est interdit de vendre des tours en calèche.   

« Il y a toute une ambiance sonore qui va disparaître définitivement. Une ambiance sonore, mais une ambiance olfactive aussi. Avoir des chevaux dans une ville, c’est des odeurs, c’est des bruits [...] C’est la fin d’une époque, c’est clair », souligne l’historienne.   

Des caléchiers ont affirmé à La Presse, qu’ils tenteront de contourner la nouvelle loi en offrant gratuitement des tours de calèches – mais en acceptant les dons –, sous prétexte qu’il ne s’agit pas de commerce.   

Les caléchiers ont déposé plus tôt ce mois-ci une demande d’injonction pour faire annuler le règlement. Les procédures devraient reprendre devant les tribunaux en janvier.   

Un animal polyvalent  

Amis des pompiers (1900-1930)

Un véhicule de lutte contre les incendies tracté par des chevaux, devant la caserne de la place d’Youville, à Montréal.

Photo courtoisie, Ville de Montréal

Un véhicule de lutte contre les incendies tracté par des chevaux, devant la caserne de la place d’Youville, à Montréal.

Avant le pont Jacques-Cartier (1903)

En hiver, des ponts de glace sur le fleuve facilitent les voyages de foin entre Mont­réal et la Rive-Sud. Le pont Jacques-Cartier est finalement construit en 1930 et exige des frais de passage de 0,15 à 0,60 $ pour un véhicule à traction animale, en fonction du nombre de bêtes.

Photo courtoisie, Musée McCord

En hiver, des ponts de glace sur le fleuve facilitent les voyages de foin entre Mont­réal et la Rive-Sud. Le pont Jacques-Cartier est finalement construit en 1930 et exige des frais de passage de 0,15 à 0,60 $ pour un véhicule à traction animale, en fonction du nombre de bêtes.

Et même la bière ! (1908)

Ce chariot transporte une trentaine de barils de bière provenant de la brasserie Molson. Les chevaux étaient souvent utilisés dans le transport de marchandises et le travail en usine. « Un cheval, c’est un animal de travail, c’est capable d’en prendre. Ce n’est pas pour rien si on s’en est servi aussi longtemps », soutient Éliane Bélec.

Photo courtoisie, Musée McCord

Ce chariot transporte une trentaine de barils de bière provenant de la brasserie Molson. Les chevaux étaient souvent utilisés dans le transport de marchandises et le travail en usine. « Un cheval, c’est un animal de travail, c’est capable d’en prendre. Ce n’est pas pour rien si on s’en est servi aussi longtemps », soutient Éliane Bélec.

Pour le déneigement (1930)

Attelés à un chasse-neige ou à un gros rouleau, les chevaux déneigent les rues ou aplatissent la neige pour permettre le passage des traîneaux.

Photo courtoisie, Ville de Montréal

Attelés à un chasse-neige ou à un gros rouleau, les chevaux déneigent les rues ou aplatissent la neige pour permettre le passage des traîneaux.

Camion à ordures d’antan (1937)

Les déchets sont transportés vers les incinérateurs dans ces charrettes hippomotrices. « Les chevaux apportent une force de travail. Ce n’est pas pour rien qu’on calcule encore la force d’un moteur en “chevaux-vapeur” », illustre Éliane Bélec.

Photo courtoisie, Ville de Montréal

Les déchets sont transportés vers les incinérateurs dans ces charrettes hippomotrices. « Les chevaux apportent une force de travail. Ce n’est pas pour rien qu’on calcule encore la force d’un moteur en “chevaux-vapeur” », illustre Éliane Bélec.

Promenade sur la montagne (1950)

Au fil du temps, le rôle du cheval a perdu son côté essentiel et il est devenu un animal plutôt associé aux loisirs. Dans les années 1950, on pouvait par exemple se promener à cheval sur le mont Royal.

Photo courtoisie, Ville de Montréal

Au fil du temps, le rôle du cheval a perdu son côté essentiel et il est devenu un animal plutôt associé aux loisirs. Dans les années 1950, on pouvait par exemple se promener à cheval sur le mont Royal.

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