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Trois «sit-in» en 4 mois: la détresse à son comble

Anne-Sophie Roy | TVA Nouvelles

Hospital hallway

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L’urgence de l’hôpital Pierre-Boucher en Montérégie a vécu non pas un, deux, mais bien trois «sit-in» depuis septembre 2019, une situation devenue insoutenable, d’après le syndicat des professionnelles en soins de Montérégie-Est (SPSME).   

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Au cours des derniers mois, 41 professionnels en soins aux urgences ont dû faire du temps supplémentaire obligatoire (TSO), une hausse alarmante qui ne fait qu’accroitre l’épuisement généralisé des partis soignants, selon le président par intérim du SPSME, Alexandre Bégin.   

«Le grand problème est la pénurie de main-d’œuvre, mais l’employeur n’a pas pris tous les moyens pour régler la situation. (...) Le TSO n’est pas exceptionnel, mais c’est désormais un mode de gestion», se désole-t-il.   

Toujours selon le président syndical, la partie patronale n’aurait pas pris les dispositions nécessaires pour protéger ses employés et ce, malgré des solutions proposées par le syndicat au cours des derniers mois.   

Du côté du CISSS de la Montérégie-Est qui prend en charge l’hôpital Pierre-Boucher, on affirme que «les derniers ‘’sit-in’’ ont tous eu lieu alors que les horaires initiaux étaient complets.»    

«Les absences spontanées [des infirmières], pour raison de maladie ou autre, ont eu des répercussions sur les autres membres du personnel», a expliqué l’établissement.    

Une vingtaine d’infirmières et d’infirmières auxiliaires ont d’ailleurs débuté leur formation cette semaine à l’hôpital Pierre-Boucher. Le CISSS prévoit même d’embaucher 20 autres professionnelles en soin sous peu.   

Les protestations de plus en plus fréquentes   

Les infirmières de l’urgence Pierre-Boucher ont manifesté leur mécontentement le 27 septembre, le 3 décembre et le 7 janvier dernier. À chaque reprise, le «sit-in» durait entre 3 et 4 heures, laissant le temps à l’employeur de trouver des solutions temporaires, comme le transfert des patients à l’étage pour désengorger temporairement l’urgence.   

Exténuées, les infirmières entreprennent des moyens de pression de façon plus fréquente pour faire entendre leur cri du cœur. Pour plusieurs, le TSO représente un quart de travail supplémentaire, soit 8h en moyenne, créant des quarts de travail de 16h.   

D’après indexsanté.ca, le taux d’occupation de l’hôpital Pierre-Boucher est estimé à 154% et 54 patients attendent sur civière alors que la capacité est de 35. Dans la nuit du 7 au 8 janvier, le taux d’occupation a même grimpé à 165% avec la présence de 4,5 infirmières sur les 13 qui sont normalement nécessaires pour offrir les soins.    

Quand la déontologie se heurte à la gestion   

D’après la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) le TSO est désormais un «mode de gestion qui porte atteinte aux droits des professionnelles en soins et a un impact direct sur la qualité et la sécurité des soins.» Allant encore plus loin, la Fédération qualifie même cette pratique de «violence organisationnelle».   

Bien que le recours au temps supplémentaire obligatoire relève du domaine de la gestion, la tâche réfère directement au code de déontologie des infirmières et dans ce cas-ci, l’obligation d’«assurer la continuité des soins».    

En revanche, l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec (OIIQ) est sans équivoque: «L'employeur ne doit pas utiliser le Code de déontologie pour gérer une situation de manque de ressources ni pour exercer de la pression auprès des infirmières.»   

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