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Cri du cœur pour la sauvegarde du monde sauvage

Dominique Fortier | Le Journal de Québec

Les humains doivent laisser la nature sauvage reprendre ses droits et cesser de prendre en otage la faune, clame la peintre et naturaliste Gisèle Benoît, qui souhaite une prise de conscience collective avant qu’il ne soit trop tard. 

L’amour de la nature pour Gisèle Benoit ne date pas d’hier. Durant sa jeunesse, les activités familiales se déroulaient très souvent au chalet situé en pleine forêt boréale sur la Côte-Nord. 

L’intérêt pour le comportement animal de cette résidente de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, s’est développé dès l’adolescence. « Je voulais suivre les traces de ma mère qui était peintre animalière. Elle avait 37 ans alors que j’en avais 17. Ainsi, pour évoluer dans notre art, nous devions aller davantage sur le terrain pour nous inspirer. » 

Les excursions en forêt se sont transformées en stages d’observation intensive qui ont mené à la production d’un tout premier documentaire en 1993 intitulé En compagnie des orignaux avec la collaboration de David Suzuki, pour l’émission de CBC The Nature of Things. « Ç’a été une consécration scientifique pour nous. Nous avons commencé à être pris au sérieux. » 

Un second documentaire, sur la gélinotte huppée et le tétras du Canada, a quant à lui été consacré dans un festival français. Depuis 2001, Gisèle Benoit se consacre surtout à l’étude du loup gris et du lynx du Canada.  

Écosystème bouleversé 

Les observations menées par Mme Benoît et les siens au parc national de la Gaspésie ont été compromises lorsque le ministère de la Faune a décrété le contrôle létal des prédateurs dans les années 90, afin de contrer le déclin des caribous.  

« Tout ce qui s’appelle coyote et ours noir, ainsi que les lynx du Canada qui étaient des victimes collatérales, se sont mis à disparaitre dans des pièges. Pourtant, cette situation était à prévoir lorsqu’on a amputé le parc national de la Gaspésie du tiers de sa superficie dans les années 70 pour permettre des coupes forestières. » 

Tout l’écosystème a été bouleversé au point où le cheptel actuel d’environ 70 caribous est aujourd’hui maintenu en vie artificiellement, croit Gisèle Benoit.  

« Le prédateur est un lanceur d’alerte. Lorsque la prédation menace une population d’herbivores, c’est qu’il y a un problème sous-jacent. C’est une conséquence et non une cause. Le ministère de la Faune a toutefois traité cette situation comme une cause, permettant la poursuite des coupes forestières autour du parc national de la Gaspésie et le développement du tourisme de masse à l’intérieur du parc.» 

Prise de conscience 

« Est-ce qu’on veut des parcs [nationaux] artificiels qui sont des entreprises touristiques rentables dans lesquelles 50 caméras sont braquées sur un seul animal ? se questionne la peintre naturaliste. Si c’est le cas, il faudrait créer de nouvelles aires protégées pour laisser le vrai monde sauvage s’épanouir .»  

« Aujourd’hui, c’est de plus en plus difficile de faire l’observation d’une vraie nature sauvage au Québec; malheureusement, c’est ailleurs que ça se passe. Ça prendrait une bonne dose d’humilité pour admettre qu’on parasite le monde sauvage et, qu’un jour, il faudra freiner nos actions si on ne veut pas que l’héritage qu’on donnera à nos enfants soit un désert. » 

Mme Benoît se demande également comment un même ministère peut gérer à la fois la forêt avec l’objectif de vendre des droits de coupe tout en devant protéger la faune.  

« Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs fonctionne avec des œillères, comme ça se faisait dans les années 50-60. Il n’a aucune vision novatrice tenant compte des réalités de 2020 », déplore Gisèle Benoît. 

Qui est Gisèle Benoit ?  

  • Plus de 500 toiles représentant la nature sauvage 
  • 2 séries documentaires télévisées 
  • Plus de 12 000 jours d’observation en forêt 
  • 2 livres d’art sur la nature sauvage 
  • 3 documentaires DVD