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Pas d’aide médicale à mourir pour un tueur

Michael Nguyen | Le Journal de Montréal

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Un meurtrier qui a passé près d’un demi-siècle en institution psychiatrique pour avoir tué un patient dans un hôpital a échoué dans sa tentative d’obtenir l’aide médicale à mourir.   

« Devant le refus [étant donné] qu’il est délirant, il a menacé d’être violent à l’égard de son psychiatre traitant », peut-on lire dans une récente décision administrative concernant un meurtrier identifié seulement par ses initiales S. A.  

S. A. est un Québécois de 72 ans schizophrène qui a passé la majeure partie de sa vie en centre hospitalier, où il a commis un meurtre, mais aussi plusieurs tentatives de meurtre.  

Sa fiche criminelle s’est ouverte en 1970, quand il a agressé et menacé au couteau un médecin qui refusait de l’hospitaliser. Trois ans plus tard, alors qu’il était admis à l’hôpital, il a étranglé à mort un autre patient.  

Rien ne l’arrête  

Son état était tel qu’en 1975, le personnel médical l’a lobotomisé, c’est-à-dire qu’on a retiré un lobe de son cerveau. Cette pratique n’est presque plus utilisée de nos jours.  

Mais ça ne l’a pas empêché de commettre d’autres crimes, soit une agression sur un patient et une tentative de meurtre sur un autre, toutes deux en 1978.  

En raison de sa schizophrénie, S. A. a été déclaré en 1978 non criminellement responsable du meurtre d’un patient en 1973. Il a été interné sans interruption, sauf entre 2011 et 2018, années durant lesquelles il avait été envoyé en résidence, mais il a été interné à nouveau en raison des risques de violence.  

« Il a parlé d’épisodes dans sa vie où il avait dû être violent pour recevoir de l’aide, ce qui a aussi contribué à augmenter l’inquiétude de l’équipe traitante », indique le document de cour.  

Un fantôme  

De retour en institut, S. A. a commencé à se pencher sur l’aide médicale à mourir.   

Déjà, en 2014, il disait être « à bout » et souhaitait l’euthanasie. Il en parlait régulièrement à ses psychiatres, en ajoutant qu’il voyait un fantôme.  

« Il veut sa liberté, dit-il, plus que tout, ont noté les juges administratifs. Il veut une porte de sortie. »  

Sauf que S. A. n’y était pas admissible, entre autres en raison de son état délirant. Et le temps n’a pas aidé à calmer le meurtrier qui, malgré son âge, représente toujours un danger pour le public.  

« La preuve démontre que monsieur représente un risque de violence très élevé », indiquent les juges administratifs.  

S. A., un habitué de la Commission d’examen des troubles mentaux, pourra à nouveau tenter d’être libéré l’an prochain.