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Sous pression, l'Iran annonce des arrestations

Agence France-Presse

L'Iran a annoncé mardi avoir procédé à des arrestations dans le cadre de l'enquête sur la catastrophe de l'avion civil ukrainien abattu par erreur, une affaire qui a suscité l'indignation dans le pays et entraîné une troisième nuit de manifestations.  

Après avoir démenti l'hypothèse d'un tir de missile iranien derrière la catastrophe de l'avion d'Ukraine International Airlines, dont les 176 passagers ont été tués peu après son décollage de la capitale le 8 janvier, Téhéran a reconnu samedi sa responsabilité, évoquant une «erreur humaine» tout en dénonçant «l'aventurisme américain» dans ce drame.  

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L'annonce de la responsabilité iranienne a provoqué une vague de colère dans le pays, où des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent depuis trois jours des manifestations rythmées par des slogans hostiles aux autorités, y compris au clergé chiite. L'AFP n'a pu obtenir de confirmation indépendante sur l'authenticité de ces vidéos.  

Fait extrêmement rare, l'agence de presse Fars, proche des ultraconservateurs, a rapporté que les contestataires de dimanche avaient crié «Mort au dictateur !» et scandé des slogans hostiles aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne.  

«Une vaste enquête a été menée et des gens ont été arrêtés», a annoncé mardi le porte-parole de la justice, Gholamhossein Esmaili, lors d'une conférence de presse télévisée, sans préciser le nombre de personnes arrêtées.  

Le président Hassan Rohani a affirmé plus tôt que son pays devait «punir» tous les responsables de ce drame. «Pour notre peuple, il est très important dans cet accident que quiconque a été fautif ou négligeant à tout niveau» soit poursuivi en justice, a-t-il dit dans un discours télévisé.  

Le général de brigade Amirali Hajizadeh, commandant de la branche aérospatiale des Gardiens de la Révolution, avait endossé samedi la «responsabilité totale» du drame, tout en disant que le soldat chargé de tirer avait agi sans ordre.  

M. Rohani a estimé impossible «que seule la personne ayant appuyé sur le bouton soit fautive. Il y en a d'autres et je veux que cela soit expliqué au peuple de façon claire».  

Pour cela, M. Rohani a demandé la formation d'un «tribunal spécial avec des juges de haut-rang et des douzaines d'experts». «Le monde entier va regarder», a-t-il averti.  

Figurent parmi les 176 victimes une majorité d'Iraniens et de Canadiens, mais aussi des Suédois, des Britanniques et des Afghans.  

Le Canada a créé un groupe de coordination des pays dont les ressortissants sont morts dans le crash, qui se réunira jeudi à Londres pour obtenir un accès consulaire, organiser le rapatriement des dépouilles et demander une enquête transparente à Téhéran.  

Tout en maintenant la pression sur l'Iran, le premier ministre canadien Justin Trudeau a mis en cause les États-Unis, déclarant lundi que sans la récente escalade des tensions régionales entre Washington et Téhéran, les 176 passaagers dau Boeing ukrainien seraient encore en vie.  

La catastrophe est survenue en plein pic des tensions entre les deux ennemis, après l'élimination d'un puissant général iranien par un tir de drone américain le 3 janvier à Bagdad.  

L'assassinat de Qassem Soleimani, responsable des opérations extérieures de l'Iran, a été suivi le 8 janvier de tirs de missiles iraniens, n'ayant fait aucune victime, contre deux bases militaires utilisées par l'armée américaine en Irak, quelques heures avant le drame du vol PS752.  

Selon les forces armées iraniennes, le tir «par erreur» responsable du drame a eu lieu au moment où la défense du pays était en état d'alerte de niveau «guerre» par crainte d'une attaque américaine.  

Revenant sur ce point mardi, M. Rohani a affirmé que «la racine de tous les maux» revenait «à l'Amérique». «Cela ne peut pas être une raison pour nous cependant de ne pas rechercher toutes les causes» du drame aérien, a-t-il dit.  

Le président iranien a aussi indiqué avoir demandé des explications sur la raison pour laquelle les responsables avaient tardé à révéler les véritables causes du drame.  

«Ils doivent expliquer tout le processus au peuple», a-t-il exigé, ajoutant: «le plus important, selon moi, est que notre peuple soit assuré que cet accident ne se répétera pas».  

L'Iran a invité des experts du Canada, de France, d'Ukraine et des États-Unis à participer à l'enquête.  

Lundi soir, le Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada a déclaré que ses enquêteurs, qui devaient bientôt arriver en Iran, auraient accès aux débris et aux boîtes noires de l'appareil.  

«Il y a des signes laissant entendre que l'Iran va permettre au BST de jouer un rôle plus actif que ce qui est normalement permis», a déclaré devant la presse Kathy Fox, la présidente du BST.  

  

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