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À 5 ans, le petit frère de la fillette martyre de Granby «est déjà un écorché de la vie»

Antoine Lacroix | Le Journal de Montréal

Le petit frère de la fillette martyre de Granby a lui aussi subi d’importants sévices physiques, apprend-on dans une récente décision du Tribunal de la jeunesse, dans laquelle le juge est lapidaire envers le travail de la DPJ.        

« À 5 ans, il est déjà un écorché de la vie », laisse tomber le magistrat Mario Gervais, évoquant un enfant au « parcours de vie accablant et traumatisant à en glacer le sang » et « ayant un vécu d’une lourdeur inouïe ».      

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Douches froides au visage, adhésif sur la bouche, parfois attaché à son lit à l’aide d’une ceinture, tirage de cheveux au point d’en perdre par plaques : depuis le drame qui a coûté la vie à sa grande sœur en avril, le garçon a fait plusieurs verbalisations déchirantes sur ce qu’il a enduré aux mains de son père et de sa belle-mère, relate le juge dans son document de 74 pages.             

« J’me fais taper [NDLR : mettre du ruban adhésif] sa yeule par papa, pis [ma sœur] aussi », aurait-il notamment dit à un de ses parents d’accueil, peut-on lire.             

« Des douches froides »        

Voici des extraits de ce que l’enfant identifié dans le jugement par la lettre X a révélé à un enquêteur de la Sûreté du Québec :                   

« Quand je fais des crises [...], il me donne des douches froides »            

« Il mettait dans ma face la douche froide, je pouvais pas parler »            

« Parce que j’écoutais pas les consignes »                  

« [Il] est déjà aux prises avec les séquelles découlant d’un milieu de vie toxique et d’une histoire de vie pénible », souligne le juge Gervais, tandis qu’une psychologue a conclu que l’enfant « présente des indices sérieux de traumatisme complexe ».            

Le magistrat a durement semoncé la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) dans sa décision, relevant plusieurs erreurs qui ont été commises dans la gestion du dossier.             

« De nombreuses défaillances ont fait en sorte que le système de protection des enfants a échoué à protéger [la fillette] maintenant décédée. Or, ce même système a également failli à sa tâche envers X », dénonce-t-il, qualifiant les carences de « choquantes ».             

Un peu moins d’un an avant la mort de la fillette, une décision du tribunal avait été rendue déclarant « la sécurité et le développement [du garçon] compromis », alors qu’on disait qu’il encourait un risque sérieux de subir des abus physiques.             

Rares suivis de la DPJ        

Même avec cette crainte, les suivis de la DPJ auprès de l’enfant ont été pratiquement inexistants et même que ces « graves lacunes soulèvent l’indignation », selon le juge. Il souligne qu’entre mai et octobre 2018, une intervenante sociale n’a « jamais rencontré X et ne l’a donc jamais connu » et qu’elle « n’a jamais visité le milieu de vie de X ».             

Un autre intervenant qui a pris le relais n’a vu l’enfant qu’une fois, en compagnie de son père.             

Mais le juge Gervais a refusé de faire porter le blâme du drame seulement sur l’intervenante et la DPJ.            

Manque de ressource        

Il estime plutôt que la question de l’imputabilité se pose également à l’égard du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et aux autorités gouvernementales, « qui ont longtemps refusé d’octroyer à la [DPJ] les fonds requis pour exercer sa mission ».            

Le juge Gervais a ordonné que sa décision soit transmise à Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et de la jeunesse.            

C’est à la suite d’une requête du Journal que le Tribunal a autorisé son journaliste à rapporter la teneur du jugement, estimant la situation d’un « intérêt public considérable ».          

Ce que le juge a dit              

Le juge Mario Gervais a déterminé que le jeune garçon demeurera en famille d’accueil pour au moins six mois, mais a accordé des visites supervisées à sa mère biologique.   

« Les sévices corporels subis par l’enfant sont graves. L’infliction de tels sévices à un enfant en bas âge et si vulnérable a non seulement compromis sa sécurité immédiate, mais aussi son développement. »   

« La description des douches froides que l’enfant subit en représailles est détaillée. L’enfant décrit et mime les gestes qui ont été posés par le père et sa conjointe. »   

« Le Tribunal entend exprimer sa réprobation de la situation et sanctionner la lésion des droits de X en émettant un blâme envers la Directrice [de la protection de la jeunesse] qui en est imputable. »

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