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«Il me touchait comme un sauvage»

Agence France-Presse

«Il parle de caresses. Ma femme me caresse. Lui, c'était de la masturbation; il me touchait comme un sauvage», s'indigne à la barre une victime de l'ex-prêtre français Bernard Preynat, jugé à Lyon (centre-est) pour de multiples agressions sexuelles sur des enfants. 

«Il me baissait mon short, me touchait le sexe, me masturbait, m'obligeait à me masturber et m'a demandé parfois de le masturber... Il me retournait pour se frotter contre moi», explique mercredi devant le tribunal correctionnel Stéphane Hoarau, qui avait 8 ans à l'époque des faits. 

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Bernard Preynat, alors vicaire-aumônier scout de Sainte-Foy-Les-Lyon, non loin de Lyon, faisait à l'époque l'admiration des parents du diocèse qui lui confiaient leurs enfants, dans sa paroisse ou lors de camps à l'étranger. 

Ce n'est qu'en 2015 que plusieurs anciens scouts brisent l'omerta et accusent Preynat devant la justice. Ces agissements ont été passés sous silence par l'Église de France, provoquant la condamnation du cardinal Philippe Barbarin, en mars 2019, à six mois de prison avec sursis. 

Selon Stéphane Hoarau, les jeunes proies de Preynat se succédaient parfois dans un même local. Appelé par le prêtre sous le prétexte de l'aider à quelque chose (un mode opératoire fréquent chez lui), il se rappelle avoir croisé en arrivant un petit garçon, regard fuyant, tête basse, qui sortait d'une pièce où se trouvait Preynat. 

«J'ai vraiment eu l'impression qu'il lui avait fait subir la même chose qu'à moi», dit-il. 

«Je ne suis pas né sous une bonne étoile», souligne M. Hoarau, placé à l'âge de 4 ans en famille d'accueil après avoir été déjà victime d'un prédateur sexuel dans son entourage familial. Il avait été inscrit par sa famille d'accueil chez les scouts du groupe de Bernard Preynat pour «le recadrer». 

Ce qu'il récolte, ce sont des agressions sexuelles répétées. Il portera plainte en avril 2016 après de longues années de silence. 

Après les scouts, s'en suivront d'autres galères, familles d'accueil, foyer, foyer de jeunes travailleurs et «mise à la rue» à 18 ans à peine. 

Depuis, «je me suis marié». «J'ai des enfants mais j'ai beaucoup de mal à les toucher», reconnaît-il, attribuant ses difficultés à les câliner au traumatisme vécu dans son enfance, sous l'emprise du «père Bernard». «Ces réticences, il y a un lien de cause à effet avec ce qui m'est arrivé». 

Une autre victime témoigne d'horribles «flashes» quand elle change les couches de ses jumeaux, des petits garçons de deux ans. 

«Des visions me reviennent. Des craintes me reviennent», raconte la voix étranglée Stéphane Sylvestre qui a déposé plainte en 2015. «Alors que changer un enfant, c'est très loin des caresses sur le sexe» de Preynat. Mais «j'avais peur de devenir moi-même un agresseur». 

Il se souvient des attouchements de l'ex-prêtre, notamment dans les bureaux du premier étage de l'église Saint Luc. Quand Preynat l'agressait, «il pouvait parler de scoutisme, complètement en décalage avec ce qu'il me faisait. Je dis ça maintenant avec ma vision d'adulte», relève M. Sylvestre. 

«J'ai voulu quitter les scouts, et quand j'ai pu enfin en partir, je me suis adossé et écroulé le long du mur. Ses parents s'en étonnent et Stéphane parle enfin: «un homme m'a caressé; il a mis sa main dans mon short». Heureusement, «mes parents m'ont cru aussitôt et ça m'a beaucoup aidé». «À l'époque, j'avais l'impression d'être la seule victime». 

Quand on est abusé, «on est un pantin dans un corps qui ne nous appartient plus», dit-il, la gorge serrée. 

Face à ses victimes, Bernard Preynat, comme depuis le début de son procès mardi, reconnaît partiellement les faits et leur demande pardon. «Je regrette de l'avoir rendu malheureux», dit l'ancien prêtre de 74 ans après le témoignage poignant de M. Sylvestre. 

«J'étais très loin de tous les agresser, Dieu merci !», s'était-il exclamé un peu plus tôt en réponse à la présidente du tribunal qui soulignait de sa part «une multiplicité d'actes sur une multiplicité d'enfants pendant une vingtaine d'années». 

Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, sont constituées au procès, beaucoup de faits étant frappés de prescription.