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Profession: nettoyeur de scène de crime

Michael Nguyen | Journal de Montréal

Nettoyer une scène de crime n’est pas donné à tous, si bien que peu d’entreprises acceptent ce travail où les émotions prennent parfois le dessus, raconte un nettoyeur qui s’est entre autres occupé de la maison où Ugo Fredette a assassiné sa conjointe.   

«La première fois que j’ai été amené à nettoyer une scène de crime, c’était pour un décès par arme à feu... Après, je n’ai pas réussi à dormir de la nuit», se remémore Dany Bisante, de l’entreprise Cleanmatik Plus.   

Suicides, meurtres, décès passés inaperçus pendant des mois : depuis plus de 10 ans, M. Bisante se spécialise dans le nettoyage d’endroits où ont eu lieu des drames parfois violents. Mais même s’il qualifie ce travail de «très dur», il en retire une grande fierté.   

«Ce n’est pas donné à tout le monde, il faut se créer une carapace, dit-il. Mais ça me rend fier d’être capable de décontaminer une scène de crime de fond en comble.»   

Car nettoyer du sang ne se limite pas à passer la serpillière, souligne-t-il.   

Il faut parfois découper le plancher pour laver les écoulements entre les planches, ou encore décontaminer du mobilier avec des produits spéciaux.   

«Un matelas taché de sang, par exemple, on ne peut pas le sortir et le mettre sur le bord de la rue, il faut le mettre dans des sacs spéciaux et faire affaire avec une compagnie spécialisée pour en disposer», illustre-t-il.   

Carapace  

En plus de son travail «régulier» de nettoyage après sinistre, M. Bisante s’est occupé d’une cinquantaine de scènes sanglantes depuis une dizaine d’années. Une fois, c’était un homme qui avait été mutilé. Une autre fois, c’était une personne poignardée.    

Ça lui est même déjà arrivé de nettoyer une pièce où une personne était morte depuis deux ans, sans que personne ne le remarque.   

«La plupart du temps, on ne voit pas le corps, mais on voit la pièce... Il faut savoir mettre ses émotions de côté, note-t-il. On croise parfois des policiers, avec qui on échange des trucs pour ne pas être trop affectés. J’ai même suivi un cours pour éviter le stress post-traumatique. Et une fois que je quitte le bureau, je n’y pense plus à la maison.»   

Hors de l’ordinaire  

D’ailleurs, ajoute M. Bisante, il n’a pas le droit de forcer un de ses cinq employés à nettoyer une scène de crime, bien que la plupart apprécient sauter dans l’action et avoir une assignation « qui sort de l’ordinaire ».   

Malgré la carapace qu’il a développée au fil du temps, il reconnaît que certaines affectations sont plus difficiles que d’autres, en particulier celles où sont impliqués des enfants.   

«On a reçu un appel pour le drame dans l’est de Montréal où le père a tué ses deux enfants [l’automne dernier]... Aucune compagnie ne veut faire ça, explique-t-il. Je n’ai pas eu de retour d’appel, mais si on finit par l’avoir, je sais que ça va être épouvantable.»   

Quand les émotions prennent le dessus  

Il s’est entre autres occupé de décontaminer la maison où Ugo Fredette a tué sa conjointe Véronique Barbe, à Saint-Eustache en septembre 2017.

Photo Courtoisie de la cour

Il s’est entre autres occupé de décontaminer la maison où Ugo Fredette a tué sa conjointe Véronique Barbe, à Saint-Eustache en septembre 2017.

Au fil des années, Dany Bisante a développé ses propres mécanismes de défense pour ne pas être affecté par les scènes de crime qu’il doit nettoyer, mais il arrive encore que ses émotions prennent le dessus, avoue-t-il en donnant l’exemple du cas d’Ugo Fredette.   

«Habituellement, je n’aime pas savoir ce qu’il s’est passé dans la maison avant d’avoir terminé le travail, mais là, ça avait été médiatisé», raconte-t-il.   

Ainsi, lorsqu’il s’est présenté avec son équipe au domicile de Saint-Eustache en septembre 2017, il savait très bien que Véronique Barbe venait d’être tuée à coups de couteau par son conjoint.   

Il savait également qu’un enfant avait été témoin de la scène, ce qui, de son propre aveu, rend le travail plus difficile psychologiquement.   

«Quand j’ai vu [le proche de Mme Barbe], je n’ai pas été capable de lui donner la facture, alors je l’ai déchirée et on a fait le travail gratuitement.»   

Dans le silence  

En tout, son équipe a passé neuf heures à laver de fond en comble le domicile, du plancher aux vitres, se rappelle-t-il.    

Et le tout s’est fait dans un silence quasi total.   

«On se regardait, mais on ne se parlait pas, illustre M. Bisante. Par respect envers les proches.»   

Fredette, 44 ans, a été déclaré coupable en octobre dernier de deux meurtres prémédités, soit celui de sa conjointe et celui d’un septuagénaire à qui il avait volé la voiture pendant sa cavale.   

Il a écopé de la prison à vie, mais il reste à déterminer le nombre d’années qu’il devra purger avant d’espérer obtenir une libération conditionnelle.   

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