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M. Charest nous doit des réponses

Antoine Robitaille | Agence QMI

Si jamais il se lance dans la course à la direction du Parti conservateur, Jean Charest ne pourra faire comme en 2017.

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C’est-à-dire tourner en ridicule le travail de l’UPAC et des journalistes, se poser en victime, refuser de répondre aux questions.

Une vedette

Le 25 novembre 2017, le Parti libéral du Québec avait organisé, à l’occasion de son 33e congrès, une grand-messe de réconciliation. Il célébrait ses 150 ans et avait donc convié tous ses chefs, même intérimaires, encore vivants.

Daniel Johnson opta pour l’apparition vidéo. Jean Charest lui, se pointa et livra un discours enflammé qui fut le fait saillant de la fin de semaine.

«Je suis revenu parmi vous ce soir pour vous annoncer mon retour», avait-il lancé. À l’époque, il blaguait! Après son allocution, il fit un point de presse qu’il entama avec une confidence: «La politique me manque». Sa réflexion semblait donc entamée.

Mais évidemment, il y avait alors, dans le paysage, les informations sur l’enquête Mâchurer de l'UPAC, que notre Bureau d’enquête révélait depuis des mois. Face à celles-ci, Jean Charest déploya sa stratégie préférée mâtinée d’humour et d’offensive. Pris au pied du mur, Charest attaque et ricane.

«J’apprends ce que je fais dans les journaux, en les lisant!» raille-t-il donc. Les trouvailles de l’UPAC? Vraiment gonflées «à l’hélium». Participant à la mêlée, j’ose une question: «Pourquoi appeliez-vous si souvent Marc Bibeau?», ce que révélaient des relevés téléphoniques.

L’ancien PM fait une moue puis dit: «Vous voyez, c’est un exemple d’informations qui sont rendues publiques, qui n’ont aucune espèce de contexte... C’est rendu public, on présente ça comme si c’était quelque chose de grave». Puis il tourne les talons.

Grave

Évidemment, s’il se lance dans la course conservatrice, ce type d’esquive ne sera plus possible. À ses adversaires qui se plaignaient du traitement des journalistes, Jean Charest disait en substance: un politicien qui n’aime pas les médias, c’est comme un poisson qui n’aime pas l’eau. Il devra renouer avec cet adage...

Les médias n’auront pas le choix de le questionner sur les allégations que les enquêteurs ont mis au jour. Bien sûr que la présomption d’innocence existe. Bien sûr que le contenu des documents judiciaires rendus publics jeudi n’a pas été prouvé devant un tribunal.

Ces documents contiennent toutefois des dizaines de témoignages qui laissent croire que le système de financement du PLQ à l’ère Charest, dirigé officieusement par son ami Marc Bibeau, était malsain. Une unité anticorruption – mise sur pied à l’ère Charest – a conclu que c’était potentiellement assez sérieux pour enquêter! Depuis six ans!

Si M. Charest veut diriger le Parti conservateur et plus tard le Canada – ce à quoi il pourrait être bien meilleur que les autres candidats potentiels –, il doit impérativement donner des réponses franches.

Au congrès du PLQ en 2017, il avait mis fin au point de presse en disant qu’il répondrait «en temps et lieu».

C’est le temps, M. Charest. Et votre lieu sera le nôtre.

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