/news/politics

Bibeau largué

Antoine Robitaille | Agence QMI

Jean Charest a manifestement commencé à prendre ses distances par rapport Marc Bibeau hier.  

• À lire aussi: «Cessez cette enquête», dit l’avocat de Jean Charest  

• À lire aussi: Un prix d’entrée plus élevé pour Jean Charest  

• À lire aussi: Des documents inédits publiés en intégralité  

La bonne vieille métaphore des anglophones «il l’a lancé sous l’autobus» m’est même venue à l’esprit.

En fait c’est Michel Massicotte, l’avocat de l’ancien premier ministre, qui a soutenu, dans son (incroyable) entrevue accordée à RDI vendredi matin, que M. Charest ne s’occupait pas du financement du parti au quotidien.

Autrement dit, il se pourrait que M. Bibeau ait mal agi sans qu’il ne le sache, a laissé entendre M. Massicotte. Et si c’est le cas, eh bien, l’argentier devra vivre avec les conséquences de ses actes.

Il ne l’a pas formulé en ces termes, mais c’est vraiment ce que ça voulait dire.

Plus de doute

Si vous doutiez encore que Jean Charest allait tenter un retour en politique, détrompez-vous. L’entrevue d’hier n’aurait jamais eu lieu s’il avait opté pour conserver sa vie peinarde d’avocat-conseil.

Me Massicotte a même eu le culot de le souligner après avoir lancé son diktat «cessez cette enquête». Son client, a-t-il insisté, a «des velléités de se présenter pour un parti politique». Faut le faire quand même: un sujet d’intérêt exige publiquement la fin d’une enquête sur des allégations de corruption parce qu’il a des ambitions politiques!

Au surplus, il y a ici un aspect paradoxal. Pourquoi faudrait-il mettre fin à Mâchurer si M. Charest n’en est pas, selon la prétention de son avocat, un suspect? Enfin...

«Prétendre» suffit

M. Bibeau, lui, est peut-être davantage dans de beaux draps que ce que croient plusieurs.

On entend en effet ici et là qu’il sera impossible d’épingler Bibeau puisqu’il faudrait réussir là où la commission Charbonneau -pourtant soumise à des règles moins exigeantes que celles d’un tribunal- a échoué: établir le lien direct entre le financement politique et l’octroi de contrat.

Or, comme les documents de l’enquête Mâchurer libérés par la décision de la Cour suprême jeudi l’indiquent clairement, les policiers enquêtaient entre autres sur un possible trafic d’influence, une infraction décrite à l’article 121 d) du Code criminel.

Dans un jugement clé, la Cour suprême soutient qu’elle est «consommée dès que l’accusé exige un bénéfice en échange de sa promesse d’user de son influence» concernant une affaire liée à la gestion de l’État.

Il suffit que la personne ait «prétendu» avoir de l’influence. Il n’est donc pas nécessaire qu’elle «ait réellement de l’influence auprès du gouvernement, qu’[elle] entreprenne des démarches pour user de son influence ou qu’[elle] réussisse à influencer le gouvernement pour être reconnu[e] coupable de cette infraction».

Pas question ici de faire des jugements par média interposé. Il reste que ce que décrit la Cour suprême correspond à au moins trois des témoignages recueillis par l’UPAC auprès des bonzes des firmes de génie au sujet des méthodes de M. Bibeau. Devant un tribunal, ces témoins changeraient-ils leur version?

Au reste, si le trafic d’influence était démontré, l’autre question serait : Jean Charest était-il au courant des méthodes de son excellent ami?

Dans la même catégorie