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Une monnaie vendue illégalement dans les aéroports

Jean-Michel Genois Gagnon | Le Journal de Montréal

Même s’il est « strictement interdit » d’importer ou d’exporter des pesos cubains convertibles (CUC) à Cuba depuis novembre, l’entreprise International Currency Exchange (ICE) en vendait jusqu’à hier dans les aéroports de Québec et de Montréal, a constaté Le Journal.  

Un voyageur en partance de la capitale s’est d’ailleurs fait récemment saisir son argent lors de son passage à la douane cubaine. Le 2 janvier dernier, Louis-André Houdet avait acheté pour 200 pesos cubains convertibles dans la zone sécurisée de l’Aéroport international Jean-Lesage, à Québec.   

« Lorsque j’ai vidé mes poches pour le contrôle à mon arrivée à Cuba, j’ai déposé mon argent dans le panier. Les douaniers m’ont demandé de les suivre. Ils ont pris des photos des billets et ils ont rempli des papiers officiels. J’avais deux billets de 100 $. J’ai perdu l’argent », raconte-t-il.   

Ce dernier espère aujourd’hui récupérer ses sous (318 $ CAN) et il souhaite également prévenir les autres voyageurs de cette nouvelle réglementation.   

Pas de mention de l’interdiction  

« Je pense quand même que c’est le travail du bureau de change de connaître les lois. Si ce n’est pas illégal ce qu’ils font, c’est moralement inacceptable », déplore celui qui voyageait avec son fils et une amie.   

Le trio avait acheté son voyage pour Cayo Coco, quelques jours avant de partir, sur internet.   

Hier, en début de journée, Le Journal a discuté avec des employés chez ICE et ils ont confirmé offrir cette monnaie. Aucun des conseillers dans les points de service n’a fait mention de l’interdiction d’importation à Cuba.   

« C’est une devise qui n’est pas toujours disponible. Nous avions un petit inventaire, mais tout est parti. Nous n’avons plus rien, malheureusement, pour l’instant. Nous n’avions que de grosses coupures de 100 $ », répond un travailleur du ICE de l’Aéroport international Jean-Lesage de Québec.   

« Oui, nous avons toujours des CUC. Nous avons un petit montant. Ce n’est pas de l’argent qu’on peut commander de Cuba », indique, pour sa part, une responsable à l’Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal.    

Depuis le 16 novembre 2019  

Du côté du siège social de ICE au Canada, la direction a affirmé en après-midi qu’elle avait cessé la vente des CUC au Québec et qu’elle était en train de procéder au retrait de cette monnaie à travers l’ensemble de son réseau canadien.  

Selon Ottawa et la réglementation cubaine, il est interdit d’importer des CUC depuis le 16 novembre 2019. Il était déjà défendu de sortir des pesos de Cuba.  

Monnaies à Cuba  

Le peso cubain convertible (CUC). Il s’agit de la monnaie des voyageurs.   

Le peso national cubain (CUP)  

Les voyageurs peuvent se procurer des CUC à Cuba, dans les aéroports, les banques et les hôtels.   

Il est strictement interdit d’importer ou d’exporter des CUC.  

Lorsque vous quittez Cuba, vous devez changer vos CUC en dollars canadiens avant d’arriver à l’aéroport.    

Source : Gouvernement du Canada  

ICE retire les pesos cubains convertibles

Après avoir été questionné par Le Journal sur la vente des pesos cubains convertibles (CUC) aux voyageurs, alors que Cuba interdit son importation, International Currency Exchange (ICE) a plaidé l’ignorance et a retiré cette monnaie de son inventaire au Québec.   

« Nous donnons beaucoup d’importance chez nous au service à la clientèle. C’est malheureux comme situation », indique le directeur régional chez ICE, Wassim Boualamallah. Ce dernier assure que son organisation remboursera les voyageurs dont l’argent vendu par sa compagnie a été saisi à Cuba.  

La direction affirme qu’elle n’était pas au courant de cette nouvelle politique en vigueur depuis novembre. Elle ajoute que les CUC disponibles dans ses kiosques provenaient principalement des voyageurs lors de leur retour au pays.  

« Nous transigions les CUC, car il y avait une demande. C’était de bonne foi », affirme le directeur. « Est-ce que, là, nous avons fait nos devoirs comme il le fallait ? Peut-être pas. »  

M. Boualamallah précise que ce n’est pas la première fois qu’une situation semblable se produit.   

« Il y a deux ou trois ans, c’est arrivé en Inde. Nous ne l’avons pas su tout de suite. Lorsque nous l’avons appris, nous avons retiré la devise. Nous avons aussi remboursé les clients. C’est aussi arrivé en Suède. Dans notre domaine, il y a souvent des changements de lois », dit-il.  

Au Canada, selon son site internet, ICE détient 88 bureaux de change. La monnaie devrait être retirée pour l’ensemble du réseau canadien.  

Surprise  

Chez CAA-Québec, qui a récemment informé son réseau d’agences de la réglementation cubaine, on se dit surpris que le CUC soit en vente au Canada. On invite les voyageurs à se procurer des pesos convertibles seulement une fois à destination.   

« Il s’agit d’une monnaie principalement destinée aux touristes et, normalement, elle n’est disponible qu’à Cuba puisqu’elle n’est pas utilisable à l’extérieur de ce pays », souligne le porte-parole Pierre-Olivier Fortin.   

Avec cette nouvelle réglementation, Cuba espère parvenir un jour à unifier ses deux monnaies, soit le peso cubain (CUP), utilisé par les citoyens, et le peso convertible (CUC), qui est égal au dollar américain.