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Cas Katy Perry: «dangereux précédent»

Cédric Bélanger | Le Journal de Québec

Les musicologues de l’Université McGill croient qu’un tribunal américain a créé «un dangereux précédent» en condamnant la chanteuse pop Katy Perry à payer 2,8 millions de dollars à un rappeur chrétien qui la poursuivait pour violation de droits d’auteur.   

«Il faut que cette cause soit rouverte», estime Claire McLeish, musicologue de l’École de musique Schulich.   

Plusieurs musicologues, dont Claire McLeish, estiment que Katy Perry devrait être blanchie des accusations de plagiat pour sa chanson Dark Horse, malgré le jugement d’un tribunal américain.

Photo courtoisie

Plusieurs musicologues, dont Claire McLeish, estiment que Katy Perry devrait être blanchie des accusations de plagiat pour sa chanson Dark Horse, malgré le jugement d’un tribunal américain.

Plus tôt cette semaine, des musicologues de McGill ont joint leurs voix à des collègues américains, européens et japonais pour se porter à la défense de Katy Perry.   

Ils craignent que cette condamnation sur la base de ce qu’ils affirment être des similarités plutôt qu’un plagiat entre une portion de la chanson Dark Horse (Perry) et Joyful Noise (Flame) ouvre la porte à d’autres poursuites du même genre et entravent la liberté artistique des musiciens.   

La même crainte avait été soulevée, en 2015, quand les héritiers de Marvin Gaye avaient convaincu un jury fédéral que le succès Blurred Lines était trop inspiré de la chanson Got To Give It Up du prince de Motown.   

«C’est trop tôt pour constater un impact sur la musique comme tel, mais sur les médias sociaux, on peut observer une culture de la peur s’installer parmi les artistes. Ils sont plus nerveux», indique Mme McLeish.   

Chasse aux ressemblances  

Elle-même a pu constater que la chasse aux similarités est ouverte.   

Le gérant d’un artiste lui a demandé d’écouter une chanson populaire et d’évaluer si elle présentait des ressemblances avec la création de son protégé qui pourraient paver la voie à des procédures judiciaires.   

«Je lui ai répondu que ce n’était pas assez et lui ai souhaité bonne chance», dit Claire McLeish, qui ne souhaite pas risquer sa réputation dans une cause frivole.   

Face à la possibilité d’être poursuivies, certaines vedettes ont décidé de prendre les devants. C’est le cas de Taylor Swift, qui a préféré allouer des droits d’auteurs à Right Said Fred quand elle a utilisé une interpolation de la mélodie de leur succès I’m Too Sexy dans sa chanson Look What You Made Do.   

Le Canada à l’abri   

Si les causes s’additionnent aux États-Unis, il y a peu de chances que les artistes canadiens croulent sous les plaintes de plagiat en raison de la taille modeste de notre industrie musicale.   

En outre, soumet Claire McLeish, «ce sont deux cultures différentes». «Les Américains sont plus enclins que les Canadiens à transformer leurs conflits en poursuites légales.»   

Condamnés pour plagiat  

Flame contre Katy Perry   

  • Montant (*) : 2,8 millions (le clan Perry a porté la cause en appel)   
  • Le rappeur Flame a accusé la chanteuse d’avoir volé des éléments de sa chanson Joyful Noise et a aussi dénoncé le fait que le vidéoclip de la chanson Dark Horse avait terni son image chrétienne parce qu’il mettait en scène de la magie noire et de la sorcellerie.      

Les héritiers de Marvin Gaye contre Robin Thicke et Pharrell Williams   

  • Montant (*) : 7,3 millions (ramené à 5,3 millions en appel)   
  • Les défendeurs soutenaient que Blurred Lines s’inspirait d’un groove, d’une époque. Mais la cour s’est plutôt rendue aux arguments des plaignants, qui estimaient que le succès de 2013 plagiait la chanson Got To Give It Up et, en conséquence, avait violé les droits d’auteur de Marvin Gaye.      

(*) : en dollars américains