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Les finances des familles inquiètent Carlos Leitao

Charles Lecavalier | Le Journal de Montréal

Alors que les Québécois ont rangé leurs cadeaux de Noël et doivent maintenant payer leurs factures, l’ancien ministre des Finances, Carlos Leitao, s’inquiète de l’endettement élevé des familles, en entrevue avec notre Bureau parlementaire. Il veut convaincre le gouvernement de protéger les consommateurs, qui prennent parfois de mauvaises décisions, selon lui.  

Q : Le taux d’endettement des québécois avoisine les 155 % du revenu personnel disponible. Même si ce taux a cessé de s’accroître dans la dernière année et que les québécois épargnent plus, la situation vous inquiète tout de même. Pourquoi ?

R : Ce qui a augmenté rapidement, ce sont les prêts personnels et les soldes de carte de crédit. La dette hypothécaire est adossée à un actif, la maison. C’est le contraire pour la dette de consommation, pour prendre des vacances, acheter des bébelles ou une automobile. On voit des comportements dangereux. Financer l’achat d’une voiture sur sept ans, c’est complètement irresponsable. On va se retrouver avec une voiture qui ne vaut plus grand-chose, et une grosse dette à payer.  

Pourquoi est-ce dangereux ? 

Certains produits donnent une impression de richesse. Prenons l’exemple de la marge de crédit hypothécaire. Je ne veux pas faire peur aux gens, mais il faut se rappeler la récession de 2008, causée par le crédit complètement hors de contrôle aux États-Unis. On réhypothéquait la maison pour financer la consommation courante. Plus la valeur de la maison augmentait, plus les gens augmentaient la marge de crédit. Mais un jour, ça a éclaté. On n’en est pas là, mais c’est le même genre de pratique qui existe au Canada.  

Que doit-on faire, selon vous ? 

La relation qu’on a au crédit a changé. Puisque le crédit est très facile à obtenir, il finance notre consommation courante. Moi, je fais le marché, je ne suis plus ministre, je dois me débrouiller seul. Je constate qu’à l’épicerie, il y a beaucoup de personnes qui payent avec la carte de crédit. Parfois, ce sont pour les points de récompense. Mais certains le font sans pouvoir payer la mensualité. Les taux d’intérêt sont très bas, on n’a pas conscience de l’effet de l’augmentation du niveau de la dette.  

Comment protéger le consommateur ? 

Ça ne sera pas populaire, mais il faut rendre l’accès au crédit plus difficile. Je compte utiliser la commission parlementaire sur les agences de crédit pour soulever cet enjeu. Par exemple : le verrou de crédit proposé par le gouvernement. Avant de toucher au crédit, ce doit être autorisé par le consommateur. Ça a pour effet de ralentir l’offre. Présentement, ça prend quelques minutes. Ce verrou pourrait devenir la règle.  

Y a-t-il d’autres problèmes que vous souhaitez corriger ? 

Les augmentations de marge de crédit et de cartes de crédit non sollicitées, je pense qu’on peut le réglementer à l’intérieur d’une loi de protection du consommateur. Il faut mieux souligner le coût du crédit. Lorsqu’on achète une voiture en proposant un coût de 180 $ par semaine, c’est le paiement. Mais il faut savoir combien ça coûte en intérêt, payer un véhicule sur 7 ans. Il y a un précédent : on a forcé les compagnies de cartes de crédit à inscrire sur les états de compte le nombre d’années nécessaire pour payer le solde de la carte avec le paiement minimum.  

Quel effet cela peut-il avoir sur l’économie ? 

Notre économie dépend dans une très grande partie des dépenses des consommateurs. Ce n’est pas soutenable à long terme, surtout dans un environnement où le taux d’endettement demeure très élevé. Les taux d’intérêt vont éventuellement être à la hausse, et ça risque d’être un choc pour plusieurs familles qui vont payer beaucoup plus d’intérêt. Et ça va ralentir la consommation de façon brusque.