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Très longue attente pour le parrainage de réfugiés

Étienne Paré | Agence QMI

Après avoir été interrompu pendant un an et demi, un programme de parrainage de réfugiés s’apprête à rouvrir dans la cohue. Pour être certains que leur demande soit traitée par les fonctionnaires lundi matin, des aspirants parrains ont dormi toute la fin de semaine dans les bureaux du ministère québécois de l’Immigration, à Montréal.

C'est qu'une formule du «premier arrivé, premier servi» a été retenue. Ainsi, seuls les dossiers reçus en premier vont être analysés, et seulement 100 demandes vont être approuvées.

Les familles qui veulent faire venir des proches au pays n’ont pas voulu courir de risque. «Je vais avoir passé 48 heures ici. Quand je me suis endormi au sol hier [samedi], les gens de la sécurité sont venus me voir pour me dire de me rasseoir. C’est inhumain! Pourquoi on ne pouvait pas juste venir déposer notre demande et ensuite se faire rappeler plutôt que de devoir venir attendre ici ?» s’est offusqué Sam, un immigrant syrien qui veut faire venir sa sœur à Montréal.

Sam n’a pas voulu donner son nom de famille, car les agents de sécurité lui ont défendu de parler aux médias, lui indiquant même qu’il pourrait perdre son rang dans la file s’il ne respectait pas les règles.

Les journalistes n’ont d’ailleurs pas eu accès à la salle d’attente, qui avait été aménagée à l’intérieur du ministère, afin d’éviter aux demandeurs de parrainage de patienter à l’extérieur.

Selon Sam, dimanche matin, ils étaient déjà plus d’une centaine à faire la queue. Arrivé samedi, il avait obtenu le numéro 60 dans l’ordre d’arrivée.

Un processus nécessaire?

Ce principe du «premier arrivé, premier servi» n’existait pas il y a encore quelques années. Il faut dire que le programme de «parrainage collectif» n’a pas toujours été aussi populaire.

Tout a changé avec la guerre en Syrie. La hausse du nombre de dossiers soumis au ministère a été exponentielle, forçant le gouvernement Couillard à imposer des quotas tellement bas que la réception des documents est condensée sur une seule journée. Ces mesures ont, à tout le moins, permis de ventiler le travail des fonctionnaires fédéraux, qui doivent donner leur approbation sur chaque dossier déjà approuvé par leurs semblables provinciaux.

«Grâce à la gestion du gouvernement du Québec, le délai de traitement de l’inventaire fédéral pour les demandes de réfugiés parrainés est passé de 25 mois à 19 mois, soit une réduction de six mois», a défendu Émilie Vézina, directrice des communications au ministère de l’Immigration.

Des règles qui coûtent cher

Le ministère a aussi été critiqué parce que les dossiers doivent être remis en main propre par des «messagers» et non pas par les potentiels parrains.

En d’autres mots, après avoir attendu pendant des heures, voire des jours, ils doivent céder leur place à un employé d’une entreprise privée de messagerie, seulement pour le dépôt officiel.

«Cette disposition a été mise en place pour que les gens qui habitent près de nos bureaux ne soient pas favorisés par rapport à ceux qui vivent en région», a expliqué Mme Vézina.

Or, selon des gens rencontrés sur place, ce service de messagerie coûte entre 500 et 1000 $, une somme colossale pour des personnes qui doivent s’engager à assumer les coûts de leurs parrainés.

«Lors de la dernière réception [en septembre 2018 et qui s’est faite selon les mêmes règles], il n’y avait pas eu autant d’insatisfaction rapportée. À la suite de l’opération actuelle, c’est sûr qu’il va y avoir une réévaluation», a reconnu Émilie Vézina.