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Pas une palissade... et encore moins datée de 1693

Arnaud Koenig-Soutière | Journal de Québec

La palissade vieille de 325 ans découverte dans le Vieux-Québec, en 2018, ne serait pas aussi vieille que ce qui avait été avancé à l’époque. Il ne s’agirait, en fait, même pas d’une palissade.    

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La trouvaille avait fait grand bruit en novembre 2018. Une structure de bois avait été déterrée dans un sol glaiseux sous la rue Sainte-Ursule. La localisation concordait avec celle du rempart palissadé de Beaucours.         

 «Une découverte majeure», annonçait le premier ministre François Legault en conférence de presse, dix jours après cette trouvaille-surprise, aux côtés du maire Régis Labeaume et des ministres Geneviève Guilbault et Nathalie Roy.        

Or, un peu plus d’un an plus tard, une analyse de chercheurs de l’Université Laval vient corriger la nature de cette découverte. Il ne s’agirait pas de la palissade de Beaucours, et l’ouvrage, quel qu’il soit, ne daterait pas du 17e siècle.        

Les résultats obtenus en novembre démontrent que, des deux pièces de bois expertisées, l’une date de 1751 et l’autre d’après 1775. Bien loin de l’année 1693 qui avait été avancée au moment de l’annonce en grande pompe.        

Si les scientifiques se cantonnent la plupart du temps dans la prudence, les dates qui ressortent de l’analyse «sont tellement certaines que je suis un peu plus affirmatif que d’habitude», indique le professeur Martin Simard, du laboratoire de dendrochronologie affilié au Centre d’études nordiques de l’UL.        

«Sans équivoque»    

«Sincèrement, je m’attendais à faire une confirmation [de la date, c.-à-d. 1693]. Quand on a commencé à dater, on cherchait vraiment autour de ces années-là. À force de se vérifier et de se revérifier, on a vu qu’on n’arrivait pas à ce résultat», raconte le professeur Simard.        

«Dans le cas qui nous intéresse ici, les relations [entre les cernes des morceaux de bois et les données historiques] sont tellement fortes que c’est incontournable, sans équivoque», tranche-t-il.        

Ouvrage mystérieux    

La construction daterait donc de 1775, au plus loin. Mais encore, elle pourrait être plus récente que l’on peut être porté à croire.        

«On ne peut pas dater la construction. On peut seulement dater l’année où les arbres ont été coupés», explique M. Simard, rappelant que d’aussi gros madriers étaient souvent récupérés d’une construction à une autre.        

Le mystère entourant cet ouvrage se creuse davantage, puisqu’il ne s’agirait pas d’une palissade. L’érection d’une telle infrastructure en bois à la fin du 18e siècle apparaît invraisemblable, selon William Moss, ancien architecte principal à la Ville de Québec, où il a œuvré pendant 33 ans.        

«On ne sait pas ce que c’est pour le moment. Tant qu’on ne sait pas, on ne peut pas se prononcer sur la valeur archéologique de l’ouvrage», juge M. Moss, qui confie avoir été perplexe dès l’annonce.        

Seconde expertise    

Une seconde expertise a depuis été commandée par l’architecte responsable du chantier dans le but d’appuyer la thèse initiale, affirme le professeur Simard.         

«Je serais très curieux de voir les résultats, mais je ne pense pas qu’il puisse arriver à des résultats différents des nôtres», laisse-t-il tomber.  

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