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Un père incapable de tenir son fils

Alex Drouin | Journal de Montréal

David Migneron espère pouvoir un jour tenir Raphaël, né en octobre dernier, dans ses bras sans l’aide d’un coussin.

David Migneron espère pouvoir un jour tenir Raphaël, né en octobre dernier, dans ses bras sans l’aide d’un coussin.

Un père de 31 ans qui a combattu un cancer du cerveau dénonce qu’on lui refuse l’aide d’un physiothérapeute qui pourrait lui permettre de recouvrer suffisamment de capacités physiques pour prendre soin de son bébé, selon lui.   

« Ça me met en criss et j’ai de la peine, car je ne suis plus capable de prendre mon fils dans mes bras lorsqu’il pleure la nuit », lance le Lavallois David Migneron à propos de son fils Raphaël né en octobre.   

Sa vie a pris un mauvais tournant en 2017. Atteint d’un cancer au cerveau, on a dû l’opérer pour retirer une tumeur maligne de la grosseur d’un pamplemousse.    

Pour retrouver une partie de ses capacités motrices, il a été suivi pendant environ deux mois par un physiothérapeute à l’Hôpital juif de réadaptation de Laval dans les mois qui ont suivi. On lui a donné des exercices à faire à la maison.   

M. Migneron n’était pas au bout de ses peines. Une bactérie s’est logée dans son cerveau pendant l’intervention. Elle a causé une énorme bosse derrière sa tête, qui a dû ensuite lui être retirée elle aussi.     

Depuis, son état ne cesse de se détériorer, déplore-t-il. Il a largement perdu sa mobilité du côté droit. Si bien que l’électricien n’a jamais été en mesure de retourner travailler.   

Pas de services   

En mai dernier, M. Migneron a consulté un neurochirurgien de l’Institut neurologique de Montréal. Ce dernier a demandé à ce qu’il reprenne ses séances de physiothérapie, selon une prescription dont nous avons eu copie.   

« Le neurochirurgien nous a dit que s’il en faisait, David ne pourrait pas recommencer à travailler comme électricien, mais pourrait, d’ici deux ans, retrouver une assez bonne forme physique pour recommencer à travailler [dans le cadre d’un emploi moins exigeant physiquement] », raconte sa conjointe Marie-Hélène Dion, qui est infirmière.   

Malgré la prescription, le centre de réadaptation lui a refusé de la physiothérapie, sans même le réévaluer, raconte M. Migneron, qui voit dans ce service son seul espoir de regagner un semblant de vie normale. Il a donc porté plainte auprès du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval. Il a essuyé un second refus.    

Par courriel, l’administration du CISSS indique qu’elle ne reviendrait pas sur cette décision puisque le patient semblait avoir atteint un plateau d’amélioration et qu’il ne pouvait plus progresser.   

La seule option qui lui reste est le privé, regrette-t-il. « On a été au privé quelques fois, mais à 110 $/heure on n’a pas les moyens de se payer ça si souvent. J’ignore ce qu’on va faire », se questionne sa conjointe.   

De longues listes d’attente   

N’ayant pas évalué M. Migneron, le président de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec, Denis Pelletier, ne peut trancher la question.   

« Le neurochirurgien et le centre de réadaptation peuvent avoir tous les deux raison, mais si la situation du patient s’est dégradée, il doit être réévalué », est-il d’avis.   

Il note que 20 000 personnes au Québec sont en attente de services d’un physiothérapeute.   

« C’est très élevé et c’est un grave problème », souligne-t-il.   

S’accrocher à son fils pour continuer de se battre   

Le Lavallois garde espoir grâce à son bébé.   

« Je m’accroche à mon gars et je continue de me battre pour lui. Il est ma raison de vivre », lance David Migneron à propos de son fils Raphaël âgé de 3 mois.   

« Je ne peux pas faire grand-chose de mes journées en raison des séquelles de mon cancer au cerveau et je trouve le temps long », affirme-t-il.    

Difficile de prendre soin de son premier enfant quand le côté droit du corps ne presque plus.   

De plus, durant plusieurs mois, il a dû vivre avec une bosse derrière sa tête de la grosseur d’une petite boule de quilles.   

« Je me sentais jugé et regardé », confie-t-il en ajoutant qu’il n’a jamais eu d’idées noires, mais que son moral en a pris un coup à l’époque.    

David Migneron a dû vivre avec cette grosse bosse sur la tête à la fin de 2017 et au début de 2018.

Photo courtoisie

David Migneron a dû vivre avec cette grosse bosse sur la tête à la fin de 2017 et au début de 2018.

Infection  

Une infection s’est immiscée dans son cerveau lors de l’opération pour tenter de lui sauver la vie à l’été 2017.   

« La bosse est apparue lentement derrière ma tête, puis soudainement elle a commencé à pousser rapidement », se souvient M. Migneron en indiquant qu’il devait prendre de la morphine régulièrement pour diminuer la douleur.   

« Tu n’as pas idée à quel point ça faisait mal et je n’étais plus capable de dormir sur le ventre tellement la pression était forte », raconte-t-il.   

Une opération a été nécessaire pour enlever la bosse. « Aujourd’hui, quand on touche à ma tête, on dirait un lit d’eau », a-t-il illustré.