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Une constable spéciale punie pour sa loyauté envers une amie

Nicolas Saillant | Journal de Québec

Une constable spéciale de Trois-Rivières conteste sa suspension sans salaire de quinze jours pour avoir « manqué de respect » en informant une amie que sa sœur entretenait une relation secrète avec un criminel.  

C’est un dilemme moral entre son devoir de respect comme constable spéciale et sa loyauté envers une amie auquel a dû faire face Sandra Guimond à l’été 2017. Cette dernière était alors assignée à une salle du palais de justice de Trois-Rivières afin de s’assurer de la sécurité des lieux à titre d’agent de la paix.   

Dans le cadre d’une enquête sur remise en liberté provisoire d’un prévenu accusé d’agression sexuelle, d’agression armée et de trafic de drogue, une enquêteuse de police à la barre a fait état d’une relation amoureuse entre l’accusé et une certaine Béatrice (nom fictif).   

Or, il se trouve que la Béatrice en question est la sœur d’Anne (nom fictif), une amie de la constable Guimond. La constable texte Anne et lui apprend que « Béatrice entretient une relation intime avec le prévenu, un homme violent et porteur du VIH ».   

Plainte  

Lorsque Anne révèle à la famille l’infidélité de sa sœur Béatrice, mère de famille, qui entretient une relation secrète avec un criminel, cette annonce a l’effet d’une bombe. Dès le lendemain, Béatrice porte plainte au supérieur de la constable spéciale.   

Le dossier se retrouvera, plus tard, devant le Comité de déontologie policière, la constable étant accusée d’avoir manqué de respect à l’égard de Béatrice « au moyen de renseignements personnels concernant sa vie privée obtenus alors qu’elle était dans l’exercice de ses fonctions ». Huit chefs de manquement ont d’abord été déposés, mais le commissaire en a retenu trois.   

Plus de deux mois après les premiers événements, la constable Guimond écrit tout de même un nouveau message texte à son amie Anne lorsqu’elle voit Béatrice et le prévenu s’embrasser dans le palais de justice. « Ayoye faut être game de risquer sa vie et celle de ses enfants de même sérieux ».     

Le procureur du commissaire à la déontologie estime que le lien de confiance nécessaire à l’exercice de la fonction a été rompu. « Ses agissements ont non seulement entaché la fonction de constable spécial, mais aussi l’image de la justice », est-il écrit dans la décision.   

Elle ne changerait rien  

Malgré le dépôt des chefs d’accusation, Sandra Guimond se dit toujours convaincue d’avoir bien agi et nie avoir manqué de respect. « Elle témoigne qu’après réflexion, elle ne changerait rien à ce qu’elle a fait. »   

« Je voulais protéger la famille », indique-t-elle et écrit-elle à son amie Anne : « Ce n’est pas comme si j’en avais parlé à des étrangers, tu es sa sœur et t’es mon amie ». Le comité a cependant interprété ces éléments en parlant d’un « risque de récidive élevé ».    

Une sanction de 15 jours de suspension sans solde a donc été infligée à la constable Guimond. La constable et son avocat, René Verret, ont cependant porté la décision et la suspension en appel.