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Sacrifices humains: les habitants encore sous le choc

Par Juan José Rodríguez AFP

«On n'arrive plus à fermer l'oeil» : dans la communauté amérindienne de l'ouest du Panama, où six enfants et une femme enceinte ont été sacrifiés par une secte lors de séances d'exorcisme, les habitants sont encore sous le choc près d'une semaine après les faits.

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«Dès que l'on entend un criquet ou un cafard, tout le monde se met en état d'alerte», confie à l'AFP Pacifico Blanco, dans cette région reculée du pays centre-américain, accessible après plusieurs heures de route, de pirogue et de marche à travers une épaisse jungle.

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Des bibles éparpillées, des inscriptions faisant référence à Satan et un tas de vêtements sont encore visibles dans le temple improvisé de la secte, construit en bois dans une clairière, au milieu de la végétation, à Altos del Terron, à quelque 250 km au nord-ouest de la capitale, Panama.

La semaine dernière, à l'intérieur du modeste bâtiment, sept indigènes, six mineurs âgés de un à 17 ans et une femme enceinte, mère de cinq de ces enfants, y ont été battus à mort.

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Les corps ont été découverts ligotés dans une fosse commune, à une heure de marche de là, le 15 janvier lors d'une opération policière qui a conduit à la libération de quinze personnes séquestrées par la secte, dont sept enfants et deux femmes enceintes.

Depuis, des policiers armés patrouillent dans cette localité de la province de Ngäbe Buglé pour rassurer les habitants, Indiens pour la plupart, craignant des représailles de la part d'autres membres de la secte.

«Et s'ils reviennent?»

«Moi, franchement, je suis triste et inquiet pour les neveux qui me restent», explique Edison Rios, le frère de la femme tuée. «Et s'ils reviennent, aujourd'hui ou demain, pour en finir avec eux ?».

«On ne peut pas s'éloigner, on doit rester uni», ajoute la jeune Hermelinda Santos, à quelque mètres du poste de police.

Assis en petits groupes, des adultes échangent la mine triste et le regard perdu, tandis que des habitants sont pris en charge par une cellule psychologique.

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Selon le parquet, les dix accusés, tous Indiens, placés depuis en détention provisoire, ont utilisé des bibles, des machettes et des bâtons pour «exorciser» leurs victimes.

Les survivants racontent que c'est le chef de la secte qui ordonnait les exécutions en suivant de supposées directives divines pour «faire sortir le démon» du corps des victimes.

Habitués aux bruyants rituels qui s'y déroulaient depuis des années, les habitants de environs du temple ne se sont doutés de rien le jour du septuple meurtre, malgré les cris émanant du temple.

«On a entendu du brouhaha, mais personne n'a rien su» de ce qui se passait, explique Diomedes Blanco.

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Ce sont les blessés ayant réussi à s'échapper qui ont donné l'alerte.

Les indigènes se sont alors rendu compte que les membres de la secte «étaient en train de capturer des gens pour les emmener dans l'église et les massacrer et tout le monde s'est inquiété», se souvient le cacique local, Evangelisto Santos.

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«À l'avenir, nous ne ferons plus confiance à aucune religion qui entrera (dans la région), car elle représente un danger pour nous. On a peur de ce que l'on a vu», assure Pacifico Blanco, tandis que des enfants jouent dans leurs maisons faites de bois et de paille.

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