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Témoignage-choc d’un père qui n’a pu empêcher la mort de sa fille

Valérie Gonthier | Journal de Montréal

Un éducateur spécialisé qui vient en aide aux jeunes depuis près de 30 ans et qui a perdu sa fille dans l’enfer du proxénétisme a ému les élus de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs. 

« Kim, ma plus jeune, est décédée le 6 décembre 2018 des conséquences de l’exploitation sexuelle et d’une surdose. Je suis donc bien placé pour vous parler de la réalité de terrain de l’exploitation sexuelle, comme père », a laissé tomber Richard Desjardins, en larmes.  

« Souvent, on dit : “cordonnier mal chaussé”. J’en suis un », a ajouté celui qui est directeur général de la Maison Kekpart, un organisme de Longueuil qui fait de la sensibilisation auprès des jeunes. 

Une histoire qui a chamboulé plusieurs des élus de la commission, mardi, à Montréal. 

« Votre témoignage nous a brisé le cœur. À la mémoire de Kim, j’espère qu’on pourra apporter des solutions pérennes. Qu’on finisse un jour par voir la lumière au bout du tunnel. Je suis très impressionnée de ce qui est fait sur le terrain. Mais il faut faire plus pour aider les victimes à se sortir de cet enfer », a commenté la députée libérale Christine St-Pierre, émue. 

Un tourbillon 

M. Desjardins a ainsi lancé un cri du cœur sur l’importance d’offrir davantage de services aux adolescents en difficulté.  

« J’aimerais remercier les organismes qui viennent en aide aux victimes et à leur famille. À ces parents, ces jeunes, qui vivent souvent de la solitude, de la peur et de la honte », a-t-il dit.  

M. Desjardins a expliqué que même s’il travaille à prévenir l’exploitation sexuelle depuis plusieurs années, il a peiné à trouver des ressources pour l’aider, lui et sa famille, dans ce « tourbillon ».  

« Ma fille est décédée à 24 ans. On a été pendant sept ans dans le tourbillon. Le tourbillon du proxénète, celui du dealer de drogue qui vient cogner à la maison », a confié M. Desjardins.  

Le parent : un pilier 

« Au début de la commission, on s’est fait une promesse : ne jamais oublier les victimes et leurs proches. Et on ne les oublie pas. C’est pour ça qu’on est ici », a ajouté le président de la commission, Ian Lafrenière, à l’attention de M. Desjardins. 

L’organisme En Marge 12-17, qui accueille les jeunes de la rue ou en fugue, a insisté sur le support aux parents de victimes, mais aussi sur l’importance du lien entre le jeune et le parent en moment de crise. 

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« Le parent est un pilier pour passer au travers d’une situation d’exploitation sexuelle. Le jeune a besoin de sentir qu’il a un environnement, qu’une personne est là s’il veut se confier », a exposé Marie-Noëlle L’Espérance, directrice générale de l’organisme. 


► La Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs se poursuit jeudi, à Val-d’Or. 

Les jeunes filles autochtones « très en demande » 

Les jeunes autochtones sont si vulnérables et recherchées que des proxénètes se déplacent dans les communautés pour les recruter et ensuite vendre leurs services en ville, a dénoncé mardi l’organisme Femmes autochtones du Québec.  

« Il y a des jeunes femmes en communauté qui ont des vies tranquilles et qui sont envahies par des gens de la ville. Les proxénètes ciblent les plus vulnérables et viennent les chercher », a déploré la présidente de l’organisme, Viviane Michel.  

Ceux qu’elle appelle les « prédateurs de la ville » scrutent les réseaux sociaux, notamment Facebook, à la recherche de proies vulnérables.  

« Facebook est un grand fléau dans nos communautés. Tous les jeunes sont là-dessus. Le problème est qu’on écrit tout sur Facebook. On écrit qu’on ne va pas bien, qu’on a besoin de sortir. Donc, il est plus facile de cerner laquelle des jeunes filles sera plus facile à déplacer », a exposé Mme Michel. 

Phénomène Pocahontas 

Et pourquoi cibler précisément les adolescentes autochtones ? Parce qu’elles sont « en demande ». 

« On voit énormément à Montréal et [dans] les grands centres urbains le complexe du syndrome de Pocahontas. Il y a des demandes spécifiques à cet effet. Les jeunes filles exploitées sexuellement, on peut les commander comme une pizza. Les jeunes filles autochtones, on les demande habillées en Pocahontas », a ajouté la collègue de Mme Michel, Isabelle Paillé. 

« Il y a une espèce de fantasme, semble-t-il. Les jeunes autochtones prises dans l’enfer de l’exploitation sexuelle, elles sont prisées », a ajouté Alexandra Lorange. 

Selon elle, plusieurs voient la jeune autochtone comme une fille « assez facile », « qui accepte n’importe quoi, surtout à un très jeune âge ».