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«Laissez les policiers travailler», disaient-ils...

Antoine Robitaille | Agence QMI

De 2009 à 2011, les libéraux en général et, Jean Charest en particulier, ont répété sur tous les tons la même phrase: «Il faut laisser les policiers faire leur travail».

C’était l'unique réponse à ce que la société québécoise tout entière (à l’exception peut-être de SNC-Lavalin et de la FTQ) réclamait, soit une commission d’enquête sur les trois «CO»: collusion et corruption dans le domaine de la construction.

Cette semaine, Charest et le PLQ ont changé de camp et réclament l’inverse: que les policiers cessent de travailler. Tout de suite.

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE

Les mains dedans

Toujours à l’époque, les libéraux rappelaient un principe cardinal: les politiciens ne devaient surtout pas se mêler des enquêtes policières.

Aujourd’hui, un ancien premier ministre, Jean Charest, et un actuel leader parlementaire du PLQ, Marc Tanguay, veulent se mettre au contraire les mains «dedans».

Des interventions qui ont même forcé le nouveau patron de l’UPAC, Frédérick Gaudreau, mercredi, à publier un communiqué afin de rappeler que son unité est récemment devenue un «corps de police» auquel la loi accorde une «indépendance». Le patron de l’UPAC est désormais nommé par l’Assemblée nationale et non plus par le gouvernement.

Voilà qui diffère précisément de l’époque où Jean Charest multipliait les expédients pour s'éviter de déclencher une enquête publique: escouade Marteau, changements législatifs (plusieurs cosmétiques), Unité anticollusion (dont M. Charest avait admis ne pas avoir lu le rapport), Unité permanente anticorruption...

La création de cette dernière unité a été confiée unilatéralement par le gouvernement Charest à Robert Lafrenière, qui avait entre autres été sous-ministre de Jacques Dupuis et de Robert Dutil.

Le vers était dans la pomme d’une certaine manière. Les dérapages étaient prévisibles. Soit Lafrenière «coopérait» avec ceux qui l’avaient nommé (gouvernement soupçonné des «CO»); soit au contraire il tentait de montrer qu’il s’en distançait et risquait de frapper trop fort. Être en apparence de conflit d’intérêts, c’est ce que ça donne.

Le chapelet d’expédients, de mesures adoptées en catastrophe, a fait perdre au Québec de précieuses ressources et des années cruciales dans la lutte pour l’assainissement des mœurs politiques.

Et la fange dans laquelle est plongée l’enquête Mâchurer, celle-là même qui empoisonne la vie des libéraux et qui - on en convient - n’en finit plus de traîner, est en grande partie un sous-produit de ces décisions prises dans la précipitation, pour sauver la face, dénuées d’une réelle et ferme intention de combattre durablement les fameux «CO». Jean Charest est donc en grande partie l’artisan de son propre malheur.

Déontologie

Enfin, Charest et Tanguay font tous deux partie du Barreau, ordre professionnel des avocats.

Or, dans son code de déontologie, aux articles 112 et 113, on peut y lire que l’avocat doit se montrer «sincère, courtois et respectueux envers le tribunal et tout autre intervenant du système de justice». Cela doit bien inclure les corps policiers.

Dire que les policiers se sont livrés à une «partie de pêche», ce n’est pas très courtois ni respectueux, non?