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Donald Trump divise les États-Unis jusque dans les familles

Agence France-Presse

Leurs cheveux blonds foncés, épais et ondulés trahissent au premier regard le lien de filiation, mais comme dans de nombreuses familles américaines sous l'ère Trump, ces mères et fille de l'Ohio cachent derrière leur ressemblance de vives divergences politiques. 

AFP

Jocelyn Evans, 34 ans, et Donna Baldwin, 59 ans, se sont confiées à une équipe de l'AFP, partie en reportage sur la route entre Washington et l'Iowa, où aura lieu le 3 février le premier vote de la primaire démocrate pour la présidentielle. 

Gilet rouge, haut violet et jean serré, la fille, étudiante en archéologie, a, par rejet de Hillary Clinton et en mémoire de son père décédé, un républicain, voté pour Donald Trump en 2016. Et s'en mord les doigts aujourd'hui. 

Vêtue d'un élégant manteau sombre, sa mère Donna, agente immobilier, votera-t-elle à nouveau pour le locataire de la Maison-Blanche en novembre, comme il y a quatre ans, après s'être sentie «abandonnée» par le parti démocrate. 

Les deux femmes évitent tant que possible de mettre la politique sur la table de leurs repas de famille. Mais leurs désaccords sont parfois trop profonds pour les laisser sous le tapis. 

L'état de santé de l'économie américaine est l'un d'eux. Les offres d'emplois ne manquent pas sur les vitrines des fastfoods de leur petite ville de Defiance (16.663 habitants), qui abrite notamment une usine General Motors. 

Un indicateur positif pour la maman. Un trompe-l'oeil pour sa fille. 

«Certaines de mes amies sont mariées, avec des enfants. Elles ont, elles et leurs maris, trois de ces petits boulots et n'arrivent pourtant toujours pas à joindre les deux bouts», avance cette dernière. 

«Tout le monde n'est pas fait pour l'université», répond sa génitrice. «Pragmatique», elle estime que beaucoup trop d'Américains «vivent au crochet de l'État». Résultat: «Il y a tellement de boulots disponibles et personne pour les prendre». 

Autre point de discorde familial: l'environnement. Pour Jocelyn, elle-même maman de deux enfants de 4 et 8 ans, il n'y a même pas débat: «Ce n'est pas un sujet sur lequel on peut prendre parti, il faut juste décider ce que nous allons faire», dit-elle. 

Le changement climatique figure en revanche «tout en bas de la liste» des préoccupations de Donna. «Je vis dans le présent, pas dans 15 ou 20 ans. Cela fait des années que j'entends le même refrain. Je n'y crois pas», explique-t-elle malgré la moue désapprobatrice de sa fille. 

Chrétienne pratiquante, la quinquagénaire a vécu toute sa vie dans l'Ohio, un État pivot de l'élection présidentielle américaine, basculant tantôt à gauche ou à droite. 

Souvent branchée sur la chaîne conservatrice Fox News, l'une des seules qui ait sa confiance, elle dit avoir été déçue par la couverture médiatique d'un meeting de campagne de Donald Trump auquel elle a récemment assisté. Et partage souvent sur les réseaux sociaux des contre-vérités qui exaspèrent à chaque fois sa descendance. 

Jocelyn, elle, a déjà quitté l'Ohio, notamment pour New York, avant d'y revenir. La jeune mère de famille soutient dans la course à la Maison-Blanche l'un des outsiders de la primaire démocrate, Andrew Yang, et sa promesse de revenu universel. 

Une mesure qui bénéficierait selon elle à tous, des mères célibataires ayant du mal à boucler les fins de mois à ceux qui préfèreraient «reprendre des études plutôt que d'essayer de gravir les échelons chez McDonald's». 

Mère et fille parviennent tout de même à trouver quelques terrains d'entente. Sur la trop grande influence des lobbies, la nécessité de limiter la durée des mandats de leurs représentants ou, pour la paix du foyer, l'interdiction de parler politique à l'heure du dîner.

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