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Un ex-conseiller brouille la défense de Trump

Agence France-Presse

La procédure de destitution contre Donald Trump est «un enfer» ont déploré lundi ses avocats lors de la reprise de son procès devant le Sénat, des propos qui ont été brouillés par des affirmations explosives d'un ancien conseiller du président républicain. 

John Bolton, son ancien conseiller à la sécurité nationale, affirme dans un livre à paraître prochainement que Donald Trump a bien conditionné une aide militaire pour l'Ukraine à l'ouverture d'une enquête sur ses rivaux politiques, a révélé dimanche soir le New York Times.  

S'il admet avoir demandé à Kiev d'enquêter sur le démocrate Joe Biden, son potentiel adversaire à la présidentielle de novembre, Donald Trump a toujours nié avoir exercé des pressions ou formulé le moindre «donnant-donnant».  

Il a vivement démenti avoir fait le lien lors d'une discussion en août avec John Bolton, comme celui-ci l'affirme, l'accusant de «vouloir vendre son livre».  

«Nous ne nous mêlons pas de spéculations, d'allégations qui ne sont pas basées sur des preuves», s'est contenté de déclarer lundi son avocat Jay Sekulow en reprenant la parole devant les cent sénateurs chargés de juger le président.  

Il faudrait que deux tiers d'entre eux (67) le déclarent coupable pour que Donald Trump soit destitué, un scénario hautement improbable.  

L'opposition démocrate espère toutefois que le procès ternira son image à moins de 300 jours de l'élection.  

Depuis des semaines, elle appelle les sénateurs à convoquer de nouveaux témoins, dont John Bolton, pour «faire émerger la vérité». L'ancien conseiller, qui a été limogé en septembre, a fait savoir début janvier qu'il se tenait prêt à répondre à une assignation à comparaître.  

Pour pouvoir le convoquer, les démocrates doivent convaincre au moins quatre des 53 sénateurs républicains de se rallier à leur cause. Jusqu'ici ils n'y sont pas parvenus, mais les dernières révélations ont peut-être fait bouger les lignes.  

«Je crois de plus en plus possible que d'autres républicains se joignent à ceux d'entre nous qui pensent que l'on devrait entendre John Bolton», a déclaré le sénateur républicain Mitt Romney avant un déjeuner de la majorité.  

«Les articles sur le livre de John Bolton (...) ont suscité de nombreuses conversations parmi mes collègues», a renchéri la sénatrice républicaine modérée Susan Collins. Sa collègue Lisa Murkowski s'est dite «curieuse d'entendre» ce qu'il avait à dire.  

Un vote sur la question des témoins devrait intervenir en fin de semaine, une fois que la défense aura bouclé sa plaidoirie et que les sénateurs auront posé, par écrit, leurs questions aux deux parties.  

Même si John Bolton était convoqué, il est probable que la Maison-Blanche saisisse la justice pour bloquer son témoignage au nom de la confidentialité des échanges entre le président et ses plus proches conseillers.  

Donald Trump a été mis en accusation le 18 décembre par la Chambre des représentants aux mains des démocrates, parce qu'il a demandé l'Ukraine d'enquêter sur Joe Biden, au moment où la Maison-Blanche avait gelé près de 400 millions de dollars destinés à cet allié en guerre avec la Russie.  

Pour les démocrates, le président a commis un «abus de pouvoir» en utilisant les moyens de l'État afin de faire pression sur Kiev. Puis, il a «entravé» l'enquête du Congrès en interdisant à ses conseillers de coopérer aux investigations, lui reprochent-ils encore.  

Ses défenseurs assurent que Donald Trump était dans son rôle quand il a demandé à l'Ukraine d'enquêter sur les affaires du fils de Joe Biden, Hunter, dans ce pays corrompu et que le blocage de l'aide n'avait rien à voir avec sa requête.  

Lundi, ils ont reproché aux démocrates d'avoir eu recours à une «arme thermonucléaire» pour régler des différends politiques.  

«Comme la guerre, la mise en accusation d'un président est un enfer», a lancé l'ancien procureur spécial Kenneth Starr, en soulignant qu'elle exacerbe les divisions dans le pays et paralyse l'action du gouvernement.  

Ce juriste s'est rendu célèbre en menant avec vigueur l'enquête contre le président démocrate Bill Clinton, qui avait finalement été jugé, puis acquitté, en 1999 pour avoir menti sur sa liaison avec la stagiaire de la Maison-Blanche Monica Lewinsky.  

Pour M. Starr, il manque dans le dossier contre Donald Trump deux critères présents à l'époque: une certaine dose de consensus entre les partis et la commission d'un «crime» au sens pénal.  

«Le Sénat devrait refermer ce chapitre extrêmement déstabilisant», a-t-il poursuivi, avant de lancer aux élus: «laissez le peuple décider» du sort du président.