/news/society

Des commissaires encore en «période d'apprentissage»

TVA Nouvelles

Le meurtre présumé de Marylène Lévesque à Québec par le meurtrier en semi-liberté Eustachio Gallese a mis en lumière des problèmes plus profonds à la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC). Des problèmes qui auraient pu être évités, selon un ex-commissaire.     

• À lire aussi: Meurtre à Sainte-Foy: la victime se serait débattue  

• À lire aussi: Enquête sur la semi-liberté du meurtrier de Marylène Lévesque  

• À lire aussi: Meurtre à Sainte-Foy: Justin Trudeau doit s’excuser, selon le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu 

Dave Blackburn a agi en tant que commissaire à la Commission des libérations conditionnelles il y a quelques années. Aujourd’hui professeur agrégé à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), il affirme que la tragédie de Québec aurait pu être évitée si le gouvernement Trudeau avait écouté les préoccupations d’un groupe de commissaires du Québec dont il faisait partie en novembre 2017.     

Dans une lettre ouverte signée dans Le Devoir, mardi, M. Blackburn explique que ses collègues et lui avaient fait part de leurs inquiétudes au gouvernement fédéral quant à des modifications apportées au processus de nomination et de renouvellement des commissaires de la CLCC.   

Ces changements ont eu des répercussions importantes sur le climat de travail au sein de l'organisation, mais aussi sur la formation et l’expérience des commissaires, a-t-il expliqué en entrevue avec Mario Dumont à LCN.     

«Entre le printemps 2018 et l’été 2018, la presque totalité des commissaires d’expérience a été remplacée par d’autres sans expérience, par de nouveaux commissaires», note-t-il.     

Ainsi, sur 16 nominations, seulement deux commissaires d’expérience ont vu leur mandat être renouvelé.     

Dans le cas précis d’Eustachio Gallese, les deux commissaires impliqués dans la décision de prolonger la période de semi-liberté du délinquant – rendue en septembre 2019 – ont été nommés en juillet 2018.     

  

  

La procédure habituelle à la CLCC a pourtant toujours été de jumeler un commissaire d’expérience à un nouveau commissaire, explique M. Blackburn. Le manque de commissaires d’expérience disponibles a cependant rendu la chose impossible dans ce cas précis.     

«La période de formation d’un commissaire sur le terrain est d’environ 18 à 24 mois. C’est ce qu’on avait écrit dans notre lettre au premier ministre Justin Trudeau et au greffier du Conseil privé», indique M. Blackburn.     

C’est donc dire que la décision exécutoire, dans le cas d’Eustachio Gallese, a été prise par deux personnes qui étaient toujours considérées comme en période d’apprentissage.     

«Le travail du commissaire est très difficile, rappelle M. Blackburn. C’est une évaluation du risque avec des informations qui sont fournies par des tierces parties, particulièrement les Services correctionnels du Canada.»     

«Je suis tombé en bas de ma chaise»     

La décision rendue dans le cas d’Eustachio Gallese a renversé bon nombre d’experts et d’ex-commissaires à la CLCC. Ce fut également le cas de Dave Blackburn.     

«Je suis tombé en bas de ma chaise, tout simplement», dit-il.     

Il a été particulièrement interloqué de voir que l’équipe de gestion de cas des Services correctionnels du Canada avait développé une stratégie permettant à un homme reconnu coupable d’avoir assassiné sa femme avec une violence inouïe de consulter des travailleuses du sexe pour ainsi assouvir ses besoins sexuels.     

«C’est encourager un criminel à poursuivre dans sa voie criminelle parce qu’on sait qu’au Canada, la prostitution c’est toujours illégal», rappelle-t-il.     

«Je ne comprends pas comment les Services correctionnels ont pu endosser une stratégie comme ça, ajoute-t-il. Je ne le comprends pas sur une perspective de réinsertion sociale et je ne le comprends pas plus sur une perspective thérapeutique ou clinique. Il va y avoir des explications à donner là-dessus.»     

Pour ce qui est de la lettre qui a été envoyée au gouvernement, ni Justin Trudeau ni le greffier du Conseil privé n’y ont donné suite.  

Le ministre de la Sécurité publique du Canada a confirmé lundi la tenue d’une enquête sur les circonstances du meurtre de Marylène Lévesque.

Dans la même catégorie