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Bond de 20% dans les listes d'attente des CHSLD

Héloïse Archambault | Le Journal de Montréal

Le nombre de personnes âgées en attente d’une place en CHSLD a bondi de 20 % depuis un an au Québec, et la liste atteint tout près de 3000 noms.     

En date du 4 janvier, 2943 aînés attendaient une place en centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Ce sont 496 personnes de plus qu’il y a un an, alors qu’ils étaient 2447 (+20 %).        

« Il y a vraiment un problème », réagit Rose-Mary Thonney, présidente de l’Association québécoise des retraités des secteurs publics et parapublics (AQRP).        

À l’automne dernier, la barre des 3000 noms a même été franchie durant plusieurs mois (voir graphique ci-dessous). La liste d’attente n’avait pas atteint ce cap depuis janvier 2017, selon le MSSS, qui attribue la hausse au vieillissement de la population.  

À la maison     

Les CHSLD accueillent des gens en grande perte d’autonomie, qui nécessitent plusieurs heures de soins par jour. La plupart du temps, les patients y terminent leur vie.        

Actuellement, 60 % des aînés en attente demeurent à la maison. Or, 812 autres étaient hébergés à l’hôpital, en novembre dernier. Évidemment, tous ces gens bloquent l’accès à des lits en période de congestion importante.        

Par ailleurs, certains patients sont envoyés dans des ressources intermédiaires. Des endroits qui ne sont pas toujours adaptés à leurs besoins, déplore le Conseil de la protection des malades.        

« Ça prend d’autres places, ça prend des sous pour aménager des lieux sécuritaires », clame Paul Brunet, son président.        

Selon lui, 5000 places additionnelles sont nécessaires. Présentement, le délai moyen d’attente est de plus de sept mois (233 jours). Or, l’attente dépasse souvent un an, confirment plusieurs sources.        

Selon le MSSS, le délai est très variable ; certains patients qui ont une condition urgente sont transférés en quelques jours.        

La Montérégie compte le plus de patients en attente actuellement avec 714. Or, des régions ont vu leur liste d’attente doubler ou tripler depuis un an. Par ailleurs, M. Brunet déplore que des résidences transforment des chambres simples en chambres doubles.        

« Il faut aménager le bon nombre de places, mais pas au détriment des chambres actuelles ! » s’insurge-t-il.        

Places en construction     

D’ici 2022, 2600 places seront construites dans des maisons des aînés, un nouveau type d’habitation mieux adapté. Selon l’AQRP, il s’agit d’un pas dans la bonne direction, mais qui est insuffisant.        

« Le nombre d’aînés s’accroît, on ne sera pas capables de répondre à tous les besoins, dit Rose-Mary Thonney. Il y a une réflexion à faire ! »       

Cette année, 280 millions $ sont injectés pour bonifier les soins à domicile. Malgré cela, M. Brunet rappelle que la Coalition avenir Québec a souvent dénoncé le manque de places en CHSLD par le passé, et doit agir.        

« [Le député] François Paradis a déchiré sa chemise pour les personnes âgées, dit-il. On veut bien donner la chance au coureur, mais il va falloir commencer à opérer. »       

Nombre d’aînés en attente, par région       

  • Montréal : 626  
  • Laval : 280  
  • Montérégie : 714  
  • Lanaudière : 154  
  • Laurentides : 286  
  • Mauricie : 36  
  • Capitale-Nationale : 417  
  • Chaudière-Appalaches : 93   
  • Estrie : 225   
  • Outaouais : 118  
  • Saguenay–Lac-St-Jean : 57  
  • Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine : 36  
  • Bas-Saint-Laurent : 35   
  • Côte-Nord : 47  
  • Abitibi-Témiscamingue : 66   

Données du MSSS les plus récentes, soit novembre 2019  

Des aînés patients        

Le nombre d’aînés qui attendaient un lit en CHSLD a atteint un pic de 3190 personnes en novembre dernier, dont :               

  • 1900 étaient à domicile (60 %)   
  • 812 à l’hôpital (25 %)  
  • 310 dans une ressource intermédiaire   
  • 168 dans un autre endroit (incluant les résidences privées pour aînés)   

Source : Données du MSSS  

Des années pour avoir une place ?  

  

Claude Perreault

Pierre-Paul Poulin / Le Journal

Une dame âgée de 87 ans atteinte de démence devra peut-être patienter des années avant d’avoir une place au CHSLD de son choix dans la région de Québec, déplore son fils.        

« Je n’ai aucune espèce d’idée combien de temps ça peut prendre ! Personne n’a pu répondre à ça », réagit son fils, Claude Perreault.        

« Elle peut aussi bien mourir là où elle est ! » déplore l’homme de 58 ans.       

Âgée de 87 ans, Lauraine Roussel a vu sa vie basculer en novembre dernier en raison d’un début de démence. Locataire dans une résidence pour personnes semi-autonomes, la dame ne pouvait plus vivre seule.       

Pas un mot à dire   

Pour établir le diagnostic de démence, elle a été hospitalisée à l’hôpital Saint-François-d’Assise, à Québec. Après plusieurs semaines à l’hôpital, la direction lui a donné congé. Or, elle ne pouvait retourner chez elle.        

Puisque le centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) choisi par la famille (à Beauport) n’avait pas de place, Mme Roussel a été transférée temporairement dans un autre établissement.        

« Ils voulaient qu’elle sorte de l’hôpital. Mais on n’avait aucun mot à dire sur la place transitoire, aucun pouvoir de refuser », dit son fils.        

Depuis le 15 janvier, Mme Roussel vit au CHSLD Saint-Augustin. Elle paie 1626 $ par mois pour un lit dans une chambre pour deux personnes.        

Des années à attendre ?   

Bien que satisfait des soins jusqu’ici, M. Perreault déplore que la direction soit incapable de lui donner un ordre d’idée du délai d’attente pour une place au CHSLD de leur choix. Dans la région de la Capitale-Nationale, 417 aînés attendent un lit.        

« Ils nous disent que ça peut prendre des années pour avoir une place ! C’est des chiffres qu’ils lancent en l’air », déplore le fils.        

Par ailleurs, si M. Perreault choisit de garder sa mère dans cet établissement temporaire, il devra refaire une demande officielle, lui a-t-on expliqué. Demeurant à Cowansville, l’homme se rend auprès de sa mère le plus souvent possible. Avec le trafic, le trajet lui prend près de trois heures dans les conditions hivernales.        

En plus du choc de la maladie, M. Perreault avoue que les délais d’attente inconnus l’inquiètent.       

« La structure, c’est aberrant. Il y a tellement de paperasse. La bureaucratie est vraiment trop imposante, ça fait penser aux travaux d’Astérix », dit-il.       


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