/finance/consumer

Un veuf de 73 ans se ruine en jouant à la loterie vidéo

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

Jacques a perdu sa femme en 2017. Pour lutter contre l’ennui et la solitude, le retraité de 73 ans a commencé à jouer à la loterie vidéo. Une bien mauvaise idée pour ce veuf, qui a dilapidé toutes ses économies et s’est même endetté de 44 000 $. 

Avant le décès de son épouse Gisèle, Jacques n’avait jamais été attiré par le jeu. Il achetait des billets de loterie de temps à autre et allait au casino une fois ou deux par an, mais sans plus. 

Grâce à la loterie, le couple a d’ailleurs fait un gain inespéré de 200 000 $ en 2016, une somme providentielle dont ils ont utilisé une partie (20 000 $) pour rembourser leurs dettes. En dehors des 180 000 $ mis de côté, ils n’ont pas de propriété ni d’actifs et vivent de leur modeste pension de retraite... jusqu’au décès subit de Gisèle. 

C’est à ce moment-là que Jacques, déprimé et isolé, commence à fréquenter les bars où il peut jouer sur des appareils de loterie vidéo. Il s’y fait des amis parmi les autres joueurs, et passe de plus en plus de temps devant les machines, engloutissant progressivement toutes ses économies.  

En deux ans à peine, il a tout perdu et s’est également endetté de 44 000 $ en utilisant ses cartes de crédit, un prêt personnel et une marge de crédit. 

Pour rester à jour dans le remboursement de ses dettes et ne pas prendre de retard, il quitte son logement afin d’économiser sur le loyer et se fait héberger par un ami.  

Mais récemment, ce dernier s’est fait une nouvelle conjointe et lui a donc demandé de trouver une autre solution. Incapable de faire face à toutes ses obligations, il s’est décidé à aller consulter des experts en insolvabilité. 

Racheter son véhicule 

« Compte tenu de son budget, la faillite était la meilleure solution », mentionne Maxime Morin, syndic autorisé en insolvabilité chez Raymond Chabot. En effet, les revenus mensuels de Jacques ne s’élevant qu’à 1861 $, cette somme est insuffisante pour s’acquitter des 44 000 $ de dettes. « Puisqu’il s’agit d’une première faillite et que ses ressources financières ne changeront pas, car il est à la retraite, il est éligible à une libération de sa faillite dans neuf mois », ajoute Maxime Morin. D’ici là, il devra verser 225 $ par mois, puis ses dettes seront effacées. 

Sa voiture d’une valeur de 4000 $ étant payée, elle aurait toutefois pu être saisie et vendue pour payer les créanciers. Pour éviter de perdre son véhicule, Jacques devra donc remettre sa valeur au syndic. « Il n’a pas les moyens de débourser ces 4000 $ en neuf mois seulement, mais la Loi sur la faillite et l’insolvabilité autorise un failli, s’il doit rembourser un actif saisissable, à continuer ses paiements après sa libération », précise Maxime Morin. Ce que fera donc Jacques pendant 17 mois supplémentaires. 

Pour éviter une rechute 

Ce qui a entraîné la perte de Jacques est son problème de jeu, une dépendance qu’il a développée parce qu’il se sentait seul et s’ennuyait. « Son principal réseau social se trouvait dans les bars. Aussi, personne n’a tiré la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard », souligne Maxime Morin. 

Pour éviter qu’une telle situation se reproduise, le syndic a recommandé le retraité à un centre d’aide de sa région. Depuis, il se rend régulièrement aux rencontres de soutien et semble être sur la bonne voie pour se libérer de sa dépendance au jeu. 

« Après la libération de sa faillite, Jacques risque néanmoins de rester vulnérable. Il serait préférable qu’il ne demande pas d’autre crédit et qu’il vive uniquement sur ses revenus actuels », précise le syndic, qui ajoute qu’il est également important que le retraité poursuive assidûment sa thérapie pour éviter les rechutes. « Parce que même s’il n’a pas accès à du crédit, il pourrait être tenté d’utiliser l’argent du loyer, par exemple, pour aller jouer », prévient Maxime Morin. La prudence est donc de mise pour Jacques, qui devra rester vigilant. 

Sa situation financière 

Actif

Voiture payée: valeur de 4050 $ 

Dettes de consommation

Carte de crédit: 12 000 

Marge de crédit: 10 000 $ 

Prêt personnel: 22 000 $ 

TOTAL: 44 000 $

Revenus mensuels net

Sécurité de la vieillesse 903 $ 

Régie des rentes du Québec: 831 $

Crédit de solidarité: 71 $ 

Crédit TPS: 56 $ 

TOTAL: 1861 $

Dépenses mensuelles (incluant loyer, électricité, téléphone, épicerie, assurance, etc.): 1603 $