/regional/montreal/laval

Le député Saul Polo s’ouvre sur le suicide de son père pour briser les tabous

Vincent Larin

«Qu’est-ce que j’aurais pu faire de plus», se questionne toujours le député libéral Saul Polo, huit mois après le suicide de son père.   

À l’occasion de la 30e Semaine de la prévention du suicide, qui se déroule jusqu’au 8 février, l’élu de Laval-des-Rapides a accepté de s’ouvrir sur cette dure épreuve qu’il traverse afin de briser les tabous, mais aussi pour se libérer du poids du silence.    

En entrevue, il raconte avoir d’abord voulu taire le contexte entourant le décès de son père, un geste qu’il s’explique toujours mal. Lorsque des députés ont pris la parole à l’Assemblée nationale lors de l’adoption d’une motion sur la santé mentale l’automne dernier, il a alors réalisé l’importance de parler.    

Le député de Laval-des-Rapides, Saul Polo (à droite), est accompagné de son père, Saul Antonio Polo, de sa mère, Mariela Illera, et de son fils Javier, lors de son assermentation au Salon Rouge en 2018.

PHOTO COURTOISIE, Saul Polo

Le député de Laval-des-Rapides, Saul Polo (à droite), est accompagné de son père, Saul Antonio Polo, de sa mère, Mariela Illera, et de son fils Javier, lors de son assermentation au Salon Rouge en 2018.

«C’est venu me chercher, je n’ai pas pu contenir mes émotions dans le Salon bleu. [Puis] j’ai réalisé qu’il fallait que j’en parle, pas pour attirer l'attention sur moi, [mais] pour attirer l’attention sur cet enjeu [le suicide]», a-t-il raconté dans son bureau.    

«Ce n’était pas diagnostiqué»  

Son père, Saul Antonio Polo, a grandement souffert du décès de sa mère à l’automne 2018.    

«C’est venu remuer beaucoup de choses dans son passé. Ce n’était pas diagnostiqué, mais il y a eu une certaine période de dépression, a-t-il relaté. Je l’ai senti, ma mère l’a sentie.»    

Mais le temps passe et, comme chaque année, ses parents retournent dans leur Colombie natale quelques mois pendant l’hiver. Ils reviennent au Québec au surlendemain de la fête des Mères, le 14 mai.    

Photo Simon Clark

«Tout ce temps-là, ma mère me disait que mon père allait bien, avec la chaleur et l’environnement. Mais il y a des signes qu’elle ne pouvait pas détecter correctement», s’est souvenu Saul Polo.    

Vingt-sept jours plus tard, le 10 juin 2019, son père mettait fin à ses jours à l’âge de 69 ans.    

En parler  

Malgré toute l’affection démontrée à son paternel dans les semaines précédant son suicide, Saul Polo réalise aujourd’hui que son geste était prévu. Compte tenu de l’image qu’il se faisait de son père, un fier immigrant et jeune retraité, il pouvait difficilement s'imaginer que celui-ci s'apprêtait à mettre fin à ses jours.    

«On voit un peu nos parents comme des superhéros, puis on ne s’imagine jamais ce genre de chose là», a relaté le député libéral, la voix brisée par l’émotion.    

«Assurons-nous d’être vigilants face à ça dans notre entourage, il y a des gens qui, des fois, vivent des situations compliquées, des défis qui peuvent paraître parfois insurmontables, a-t-il conclu. C’est important d’approcher ces personnes et de leur dire: "je suis là pour t’aider, puis je t’aime".»    

Besoin d’aide pour vous ou un proche ?


LIGNE QUÉBÉCOISE DE PRÉVENTION DU SUICIDE
  • 1-866-APPELLE (277-3553)
CENTRE DE PRÉVENTION DU SUICIDE DE QUÉBEC
ASSOCIATION QUÉBÉCOISE DE PRÉVENTION DU SUICIDE