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Une première étude complète des arbres de Montréal

Louis-Philippe Messier | Agence QMI

Ne vous étonnez pas si vous voyez des gens mesurer des troncs d’arbres et en prélever des échantillons au centre-ville. Une équipe de chercheurs du Centre d’étude de la forêt de l’UQAM entreprendra d’ici les prochaines semaines de brosser le premier portrait complet des arbres de la métropole.

«On peut prédire avec précision la mortalité et la croissance de lointaines épinettes noires de la forêt boréale, mais on ne sait presque rien des arbres que l’on côtoie tous les jours», déplore Alain Paquette, professeur de biologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Les arbres urbains influencent la santé pulmonaire et mentale des citadins, et leur présence atténue la canicule et augmente la valeur foncière des propriétés. Les biologistes savent pourtant étonnamment peu de choses au sujet des arbres qui poussent dans des fosses de trottoirs ou à la canopée coupée en deux pour permettre le passage de fils électriques.

«Il n’y a pas pour le moment de recensement des arbres dans la plupart des villes et les municipalités qui s’en donnent la peine comptent les spécimens sur leurs rues et dans leurs parcs, mais pas sur les terrains privés ou institutionnels où il y a parfois aussi énormément de végétation», explique Daniel Kneeshaw, du département de sciences biologiques.

Intelligence artificielle

La Ville de Montréal sonde l’été et l’hiver sa canopée (étendue de branchages feuillus ou aiguillés) à l’aide d’un lidar (un appareil de télédétection par laser) pour mesurer sa superficie. Le doctorant en biologie David Grenier-Héon parcourra l’île de Montréal pour corréler les «scans» et la réalité sur le terrain avec quelque 300 espèces d’arbres de la ville.

Le jeune chercheur se concentrera surtout sur les quatre espèces d’arbres qui comptent pour plus de 50 % de la canopée montréalaise, soit l’érable de Norvège (17 %), l’érable argenté (17 %), le frêne (14 %) et le tilleul à petites feuilles (8 %).

Le Centre d’étude de la forêt de l'UQAM travaillera également à un programme de reconnaissance des arbres et des espèces par lidar aéroporté afin d’avoir un recensement exhaustif et exact de la «forêt urbaine».

Environnement et changement climatique Canada participe au projet, qui permettra de connaître enfin la voracité carbonique des arbres. «Je fais partie de l’équipe qui estime les émissions de gaz à effet de serre du Canada et cette étude raffinera nos calculs quant à la capacité d’absorption du carbone des arbres en ville que l’on connaît pour l’instant très mal», dit Dominic Cyr, un chercheur d’Environnement Canada associé au projet.

Les méthodes novatrices de l’équipe montréalaise serviront ensuite à étudier les arbres d’autres grandes villes. «Nos résultats aideront les chercheurs de toute discipline qui veulent mesurer et comprendre l’influence des arbres urbains sur la qualité de l’air et la santé humaine», résume le professeur Paquette, qui ne cache pas son enthousiasme.