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Crise du blocus autochtone: Le gouvernement Trudeau se veut prudent

Émilie Bergeron | Agence QMI

Le gouvernement Trudeau répète que les blocus de voies ferrées doivent cesser en respect de la loi, mais appelle au «dialogue» pour ne pas attiser des tensions entre forces de l’ordre et communauté autochtones. 

Le premier ministre Justin Trudeau a soutenu vendredi qu’il ne pouvait pas dicter aux policiers comment imposer les injonctions sommant quiconque de ne pas perturber la construction du gazoduc Coastal GasLink, en Colombie-Britannique. 

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«Nous ne sommes pas le genre de pays où les politiciens peuvent ordonner aux forces policières comment procéder d’un point de vue opérationnel», a-t-il martelé en français depuis Munich, en Allemagne, où il prenait part à un sommet sur la sécurité. 

«Nous avons des corps policiers qui sont professionnels partout au pays», a-t-il ajouté en anglais, tout en reconnaissant que les impacts de la mobilisation sont préoccupants pour bien des Canadiens. 

De nombreux manifestants autochtones bloquent routes et voies ferrées depuis plus d’une semaine, en solidarité avec les chefs héréditaires de la Première nation de Wet’suwet’en qui s’opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink, en Colombie-Britannique. 

La pression sur le gouvernement Trudeau s’est accentuée d’un cran depuis que le transporteur VIA Rail a suspendu jeudi toutes ses liaisons à travers le pays dans la foulée d’une décision du Canadien National (CN) de fermer son réseau dans l’est du Canada. 

Des dizaines de milliers de voyageurs sont touchés par cette interruption de service. 

«Les impacts économiques pour le Québec sont majeurs», a tonné le premier ministre québécois François Legault, vendredi, sur Twitter. Il a indiqué avoir de nouveau plaidé l'urgence d'une intervention fédérale dans un entretien avec M. Trudeau. 

«Je viens de parler avec Justin Trudeau, a indiqué M. Legault. Je lui ai dit qu'il est urgent qu'il intervienne pour mettre fin au blocage des voies ferrées.» 

Selon ce qu'a appris notre Bureau parlementaire, le premier ministre Legault a également réitéré qu'il privilégie une solution pacifique. 

Son homologue Justin Trudeau rétorque que son gouvernement est «pleinement saisi» de résoudre l’impasse, et rappelle qu’Ottawa et Québec ont mis en place un comité de coordination pour assurer le partage d’information en temps réel. 

Sa ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, doit rencontrer les chefs héréditaires de Wet’suwet’en prochainement en compagnie de représentants du gouvernement de la Colombie-Britannique. De son côté, le ministre des Services aux Autochtones Marc Miller rencontrera les Mohawks de Tyendinaga samedi. 

Délicates relations 

Plusieurs manifestants ont été arrêtés par les forces de l’ordre parce que des injonctions somment quiconque de ne pas perturber la construction du gazoduc. D’autres corps policiers tolèrent toutefois les manifestants sur la base du droit de manifester et par souci de ne pas attiser des tensions avec les communautés autochtones. 

«Si une compagnie fait appel à une injonction dans une province, cette injonction doit être respectée par la province, mais il faut aussi prendre en considération la façon de procéder dans des situations qui sont délicates comme ça», a dit le ministre des Transports Marc Garneau en marge d’une rencontre avec ses homologues provinciaux, à Toronto. 

Il a toutefois souligné la délicatesse de la situation considérant des précédents d’escalade de tensions dans l’histoire du Canada. Il a notamment mentionné l’épisode entre la communauté ontarienne de Caledonia et la Police provinciale de l’Ontario. 

De son côté, le chef du Parti conservateur du Canada Andrew Scheer somme Ottawa d’exiger de la GRC qu’elle mette fin aux blocus sans délai. «Toute cette situation est devenue ridicule [...] Ces barrages sont illégaux», a-t-il pesté depuis la colline parlementaire, à Ottawa. Il presse M. Trudeau d’écourter son séjour à l’étranger. 

Le premier ministre doit se rendre dans les Caraïbes lundi, après un bref arrêt à Ottawa au terme de la Conférence de Munich sur la sécurité. 

«Pour l’instant, mon horaire demeure le même pour la semaine prochaine», a répondu M. Trudeau.

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