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Les injections gagnent en popularité

Daphnée Hacker-B | Le Journal de Montréal

De plus en plus de Québécois ont recours à des techniques d’injection leur permettant de remodeler leur visage sans aucune chirurgie.    

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Notre collaboratrice Daphnée Hacker-B. a subi des injections dans le visage afin d’explorer les raisons qui poussent des personnes de plus en plus jeunes à avoir recours à la médecine esthétique.

Visionnez son expérience sur le site Tabloïd.co 

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La demande pour ces techniques de plus en plus perfectionnées, qui coûtent quelques centaines ou quelques milliers de dollars, est en forte hausse partout dans le monde et le Québec n’échappe pas au courant, notent plusieurs experts.    

«Ça ne fait aucun doute, même ici au Québec, on constate qu’il y a de plus en plus d’adeptes, ce n’est plus un acte réservé à une élite», a soutenu en entrevue le docteur Daniel Cyr, auteur du «Guide des traitements en médecine esthétique sans chirurgie». Ce dernier, qui offre des services d’injection et d'autres interventions sans chirurgie depuis 2003, a noté une croissance marquée de sa clientèle au cours des dernières années, près de 25 % annuellement.    

Sur les réseaux sociaux, comme Instagram et Snapchat, des vedettes et des influenceurs affichent ouvertement leurs recours aux interventions esthétiques, particulièrement celles faites au visage. Sur ces mêmes réseaux sociaux, on voit aussi de plus en plus de «gens ordinaires» montrant fièrement le résultat de leurs injections.    

Près d’une dizaine de médecins interrogés qui offrent des services d’injection esthétique ont confirmé connaître une hausse significative ou du moins une croissance constante de leur clientèle. La tranche d’âge des moins de 35 ans serait aussi plus présente qu’auparavant.    

«Ce sont surtout de jeunes femmes qui viennent avec des demandes très précises, que ce soit pour leurs lèvres, leurs pommettes ou des rides naissantes», a fait valoir la dermatologue Michèle Ohayon, directrice médicale des cliniques Medicart.    

Sans bistouri    

L’arrivée sur le marché des produits injectables comme le Botox, aux environs des années 2000, a permis une véritable révolution dans l’industrie de la beauté. Avant, pour changer un visage, il fallait avoir recours à des chirurgies invasives et coûteuses.    

Grâce aux produits comme l’acide hyaluronique, un gel à base de sucre ayant des effets volumisants, presque toutes les parties du visage peuvent être remodelées avec une simple seringue.    

«Au début, on injectait un peu les lèvres et les joues, maintenant on peut changer la forme du nez, de la mâchoire et même des lobes d’oreille!» a lancé le Dr Daniel Cyr, dont la clinique est basée à Trois-Rivières. Par exemple, en injectant des gels volumateurs en petite quantité ici et là sur un nez bosselé, on peut le transformer en nez droit.    

Les techniques d’injection sont plus affinées que jamais, ajoute Dre Michèle Ohayon, qui prône et enseigne la méthode d’injection «MD Codes». Cette technique, inventée en 2010 par le chirurgien brésilien Mauricio De Maio, consiste à séparer le visage en unités afin de créer des points d’injection très précis.    

«Ça nous permet de carrément revoir l’architecture du visage», a expliqué la Dre Ohayon, ajoutant que les méthodes se perfectionnent constamment.    

Pourquoi le faire?    

L’industrie de la beauté utilise les produits injectables pour convaincre les gens qu’ils peuvent magnifier leur apparence sans trop s’endetter, note Mariette Julien, sociologue de la mode et du corps. La professeure retraitée de l’UQAM explique que les femmes ressentent particulièrement ce «devoir de beauté», car sur le plan social, elles sont toujours plus ou moins évaluées sur leur capacité à séduire.    

«Alors, c’est certain qu’en vieillissant, la femme a compris qu’elle va perdre de la valeur, [...] qu’elle devient invisible dans l’espace public.»    

Les hommes sont aussi de plus en plus assujettis à cette culture de la beauté, ajoute Marc Lafrance, professeur de sociologie à l’Université Concordia. Est-ce possible d’ignorer complètement cette pression et de juste accepter son corps tel qu’il est?    

«Ce ne sera pas facile, a tranché le sociologue. Parfois, je me dis que c’est carrément impossible.»    

M. Lafrance suggère toutefois de diminuer au maximum le temps passé sur les réseaux sociaux, car ce sont des lieux où les gens se comparent continuellement aux autres.    

«En général, les personnes les plus satisfaites de leur apparence sont celles qui se comparent le moins», a-t-il conclu.    

Statistiques en vrac  

50 %  

Les produits injectables comme le Botox représentent plus de 50 % des procédures privilégiées en médecine esthétique à travers le monde. Les traitements non invasifs ont augmenté de 10 % en 2018, alors que les interventions chirurgicales ont baissé de 0,6 %.    

Source: International Master Course on Aging Skin    

21 milliards $  

Le marché mondial de la médecine esthétique et chirurgicale connaît une croissance si fulgurante que les profits devraient tripler entre 2014 et 2023, passant de 8 milliards $ à 21 milliards $.    

Source: International Master Course on Aging Skin    

35 à 50 ans  

Au niveau mondial, la tranche d’âge des 35-50 ans est celle qui a le plus recours aux injections pour retarder le vieillissement tandis que les 19-34 ans est celle qui effectue le plus de chirurgies.    

Source: International Master Course on Aging Skin    

10 à 15 %  

Les hommes représentent 10 à 15 % de la clientèle des cliniques de médecine esthétique au Québec, selon la dizaine d’experts interrogés par l’Agence QMI.    

449  

C’est le nombre de médecins œuvrant en esthétique au Québec en 2019, soit 2 % des membres du Collège des médecins.    

Source: Collège des médecins    

Les critères du visage parfait    

«Plusieurs études prouvent qu’en Occident, les populations considèrent certains traits comme étant plus harmonieux», a expliqué le Dr Daniel Cyr, auteur du «Guide des traitements en médecine esthétique sans chirurgie».    

Bien que la beauté reste quelque chose de relatif, les professionnels de l’industrie esthétique basent leurs interventions sur les modèles suivants:    

- visage féminin idéal: forme ovale, pommettes saillantes, nez droit, lèvres pulpeuses ou bien définies    

- visage masculin idéal: mâchoire large et carrée, nez droit, lèvres légèrement pulpeuses    

Être beau, c’est payant    

Les personnes qui correspondent aux critères de beauté occidentaux ont plus de chances d’être bien rémunérées et d’accéder à des postes de pouvoir. C’est ce que fait valoir l’économiste américain Daniel Hamermesh. D’autres chercheurs sont arrivés aux mêmes conclusions.    

- 36 %  

Les personnes dont les traits du visage sont considérés comme attractifs ont 36 % plus de chance de décrocher un emploi.    

Source: IZA Institute of Labor Economics    

- 15 %  

Les hommes jugés comme n’étant pas attirants auront une offre salariale en moyenne 15 % inférieure aux hommes «beaux». Les femmes perçues comme moins belles auront une offre salariale d’environ 11 % inférieure aux autres candidates.    

Source: Oxford Bulletin of Economics and Statistics    

- 6 %  

Une étude ontarienne évaluant le profil de professeurs ayant été classé «très attirants» sur le site web «ratemyprofessor.com» a permis de constater qu’ils faisaient un salaire en moyenne 6 % supérieur à leurs collègues.    

Source: Université de Carleton    

Les deux principales injections en médecine esthétique    

Toxine botulinique  

C’est quoi? Plus communément appelé Botox, qui est en fait une marque de commerce de la compagnie Allergan. C’est un neuromodulateur utilisé pour figer les rides d’expression.    

Durée: quatre à six mois.    

Coût moyen: 10 $ à 18 $ l’unité (ex: pour ôter les rides d’un front plissé, en moyenne, il faut au moins 30 à 40 unités).    

Acide hyaluronique  

C’est quoi? Un gel transparent qui contient un sucre déjà présent dans la peau ayant des effets volumisants. Il est utilisé pour remodeler toutes les parties du visage et pour augmenter le volume des lèvres.    

Durée: 12 à 18 mois.  

Coût moyen: entre 500 $ et 800 $ par seringue (ex: pour rehausser des pommettes, la quantité de seringues va énormément varier d’un individu à l’autre. Certains auront besoin d’une seule seringue pour un résultat satisfaisant et d’autres en auront besoin de plusieurs).