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Réunion d'urgence pour résoudre la crise

Agence QMI

Le premier ministre Justin Trudeau ne participera finalement pas à la Conférence des chefs de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) à la Barbade cette semaine, ayant décidé de rester au pays pour tenter de trouver une solution à la crise des barrages de voies ferrées qui perturbent le transport de passagers et de marchandises depuis plusieurs jours. 

Dans une déclaration transmise aux médias en début de soirée, dimanche, son bureau a indiqué que le Canada sera représenté à la CARICOM par le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne. 

 

 

M. Trudeau devait initialement y être lundi et mardi. Il devait notamment profiter de cette rencontre pour mousser la candidature du Canada pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies en 2021-2022. 

Dans la foulée de ce changement de plan, afin de trouver une solution aux «perturbations en cours touchant des infrastructures à travers le pays, le premier ministre réunira demain [lundi] le Groupe d’intervention en cas d’incident pour discuter des prochaines étapes», a souligné le bureau de M. Trudeau. 

 

 

Sur Twitter, le premier ministre a ajouté qu’il a convoqué certains de ses ministres, soit Marc Miller, Carolyn Bennett, Marc Garneau, Bill Blair, Chrystia Freeland, Pablo Rodriguez et Bill Morneau à cette réunion du Groupe d’intervention en cas d’incident. 

Le transport ferroviaire est perturbé dans plusieurs régions du pays en raison de manifestations de membres de communautés autochtones qui bloquent depuis plusieurs jours des voies ferrées, notamment à Tyendinaga, à l’est de Belleville, en Ontario, à Kahnawake, près de Montréal, ainsi qu’à Listuguj, en Gaspésie. 

Les protestataires veulent ainsi forcer la fin du projet de gazoduc Coastal GasLink, dans le nord de la Colombie-Britannique. Ils appuient les chefs héréditaires de la Première Nation Wet’suwet’en qui s’opposent au projet de gazoduc. 

Afin de dénouer la crise, le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a passé la journée de samedi à négocier et discuter avec les Mohawks de Tyendinaga «pour parvenir à une résolution pacifique de la situation», a souligné le bureau du premier ministre, dimanche soir. 

«La ministre Bennett a eu plusieurs conversations avec les chefs héréditaires Wet'suwet'en au cours des derniers jours, a-t-il aussi été mentionné dans le message du bureau du premier ministre. Elle s'est engagée à les rencontrer au moment qui leur convient, conformément à l'engagement du premier ministre. Le ministre Garneau a rencontré ses homologues provinciaux et territoriaux à la fin de la semaine dernière. Il suit de près les effets des blocages actuels sur le réseau ferroviaire et il maintient une communication constante avec le CN, le CP et Via Rail.» 

«Nous restons en contact étroit avec les autres ordres de gouvernement et nos partenaires, a mentionné le bureau de M. Trudeau. Notre priorité demeure la sûreté et la sécurité de tous les Canadiens et la résolution rapide de la situation afin de rétablir le service dans l'ensemble du réseau ferroviaire, et ce, conformément à la loi.» 

Ottawa ne veut pas d’un autre Oka     

Le gouvernement fédéral ne croit pas que des interventions policières pour démanteler les barrages autochtones qui entravent des voies ferrées et l’économie canadienne constituent une bonne approche pour mettre fin à la crise.

Le ministre des Services aux Autochtones Marc Miller a expliqué dimanche que les interventions policières à Oka, en 1990, et à Ipperwash, en Ontario, en 1995, qui s’étaient toutes deux terminées avec la mort d’une personne, doivent servir d’avertissement.

«Nous avons l’expérience d’Oka il y a 30 ans, lorsque la police est intervenue et qu’une personne est morte [un policier]. Ma question aux Canadiens, à moi-même et à mes collègues politiciens, quel que soit le parti, c’est "est-ce qu’on fait les mêmes vieilles choses et on répète les erreurs du passé ou est-ce qu’on prend le temps de faire cela bien?"» a-t-il dit au journal «The Globe and Mail», dimanche.

Le ministre montréalais, qui a rencontré samedi des membres de la communauté mohawk Tyendinaga en Ontario où des voies ferrées sont bloquées, estime que la résolution de cette crise qui paralyse une partie de l’économie canadienne passera par le dialogue.

«Il s’agit de gens pacifiques qui veulent une résolution pacifique, a-t-il souligné au réseau Global, dimanche. Et nous ne pouvons pas avoir une résolution pacifique sans dialogue.»

L'ancienne commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, Michèle Audette, privilégie aussi les pourparlers.

«Ce dialogue-là doit se faire. Comme le dit monsieur le ministre, il va être difficile, il va être lourd, mais il doit se faire en toute honnêteté pour faire en sorte qu'on n'a plus de crises», a commenté dimanche matin Mme Audette, en entrevue à LCN.

Mise à pied

Le Canadien National a précisé dimanche par courriel à l’Agence QMI qu’environ 450 de ses employés étaient visés par des avis de licenciements temporaires en raison de la paralysie de ses voies ferrées, notamment près de Belleville. 

Environ 1000 employés pourraient perdre temporairement leur travail si la crise persiste, a prévenu le CN.

Principales manifestations d’appui aux chefs héréditaires Wet’suwet’en     

Le barrage de la voie ferrée du CN par des Mohawks de la communauté Tyendinaga, à l’est de Belleville, en Ontario, qui affecte grandement le transporteur de passagers et de marchandises, s’est poursuivi pour une 11e journée, dimanche.     

D’autres manifestations du même genre, soit celle des Mohawks de Kahnawake qui perturbe le service de train de banlieue sur la ligne Candiac d’exo, et celle de Listuguj, en Gaspésie, commencées il y a quelques jours, se sont aussi poursuivies.     

Se sont ajoutées à cela d’autres manifestations ponctuelles, dont une à Saint-Pascal, dans le Bas-Saint-Laurent, où une vingtaine de personnes ont bloqué une voie ferrée pendant quelques heures, ainsi que d’autres dans le secteur de Winnipeg, au Manitoba.     

Dans l’est du pays, à l’Île-du-Prince-Édouard, des manifestants se sont rassemblées et ont ralenti la circulation à l’entrée du pont de la Confédération pour montrer leur appui aux chefs héréditaires de la Première Nation Wet’suwet’en de la Colombie-Britannique.