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Une fraudeuse récidiviste devra rembourser 320 000$

Claudia Berthiaume | Journal de Montréal

Louise Henry

Louise Henry

En plus de condamner une fraudeuse récidiviste de la Rive-Sud à trois ans et demi de détention, un juge a exigé que celle-ci rembourse les 320 000 $ volés à cinq petites entreprises dont elle faisait la comptabilité.  

Et si Louise Henry n’arrive pas à payer la somme due dans les 10 années qui suivront sa libération conditionnelle, elle sera incarcérée pour trois ans supplémentaires.  

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Il s’agit d’une procédure appelée « amende compensatoire » rarement utilisée par la justice, qui ne s’applique que dans les cas où l’accusé a bénéficié directement des fruits de son crime.  

Dans le cas de la fraudeuse récidiviste de 56 ans, les 319 111,80 $ dérobés à cinq entreprises de la Montérégie entre 2013 et 2017 ont été dépensés jusqu’au dernier sou.  

« La fraude est motivée par la cupidité et l’appât du gain. Certaines sommes ont contribué à des dépenses de luxe, par exemple des voyages ou le jeu [sur des machines de vidéopoker] », a noté le juge Yves Morier, le mois dernier, au palais de justice de Saint-Hyacinthe.  

Cinq victimes  

Henry a utilisé le même modus operandi auprès du restaurant Barabouf, du studio de tatouage Amaz-Ink Tattoo, du salon de toilettage L’Ami D’Orami, de l’école de danse Le Studio Pole et de l’entreprise spécialisée en protection DM Sécurité.  

La comptable devait notamment payer les divers comptes de ses clients et s’occuper de transmettre les sommes dues aux deux paliers de gouvernement.  

Sauf qu’au lieu d’envoyer les chèques aux bons destinataires, la fraudeuse déposait les montants dans son propre compte de banque. Elle imitait parfois la signature de ses employeurs ou elle l’obtenait pour de fausses raisons.  

Lorsque les victimes découvraient le pot aux roses et en parlaient à Henry, celle-ci devenait agressive et coupait les ponts.  

« Chose certaine, on est loin de l’accusée qui, après une seule fraude, réalise l’ampleur de l’infraction, se repent et tente avec son propre argent de rembourser l’employeur en croyant s’en tirer », a soutenu le juge Morier, ajoutant qu’il ne s’agissait aucunement d’un geste irréfléchi, improvisé ou impulsif.  

Pas nouveau  

La quinquagénaire possédait d’ailleurs trois antécédents de fraudes, commises entre 2002 et 2008.  

Sa plus récente condamnation, pour des chefs d’accusation de fraude, de vol, de fabrication de faux documents et d’emploi de documents contrefaits, lui a valu le mois passé une peine de 43 mois d’incarcération.  

Compte tenu de sa détention préventive, il lui reste deux ans à purger.   

Les victimes paient encore 7 ans plus tard  

Les victimes de Louise Henry vivent toujours avec les conséquences de la fraude, sept ans plus tard.   

« Étant donné que c’était ma comptable, j’avais quand même le nez dans mes chiffres, mais je lui faisais confiance aveuglément », a relaté au tribunal Mathieu Brault, d’Amaz-Ink Tattoo.   

Mathieu Brault, du studio Amaz-Ink Tattoo, est celui qui a le plus perdu aux mains de la fraudeuse récidiviste Louise Henry, soit près de 210 000 $.

Photo courtoisie, Catherine Montambeault

Mathieu Brault, du studio Amaz-Ink Tattoo, est celui qui a le plus perdu aux mains de la fraudeuse récidiviste Louise Henry, soit près de 210 000 $.

Sa conjointe Nathalie Charron-Gauthier et lui sont ceux qui ont le plus perdu aux mains de la fraudeuse récidiviste, soit près de 210 000 $.  

Le problème, pour les victimes de Louise Henry, c’est que les sommes perdues ne se limitent pas à celles volées par la comptable.   

Bouchées doubles  

Puisque les gouvernements fédéral et provincial n’ont jamais reçu l’argent dû par ces entreprises de la Montérégie, ils la réclament maintenant aux victimes... plus les intérêts.  

Pour tout rembourser, celles-ci doivent mettre les bouchées doubles.   

« Je travaille environ une cinquantaine d’heures par semaine, mon conjoint est plus autour de 70 heures. On a choisi un métier qui nous passionne, on est heureux de pouvoir vivre de notre art, mais on n’a jamais choisi de faire ce métier-là à s’en épuiser », a dit à la cour Mme Charron-Gauthier, qui est perceuse corporelle chez Amaz-Ink Tattoo.  

« Tout le monde me disait que c’était de la fraude, je ne le croyais pas, c’était ma chum. [...] Mes affaires allaient bien avant que je la rencontre », a quant à elle mentionné Caroline Hamelin, d’Ami D’Orami.  

« Pas à l’hôtel »  

Après que les victimes eurent expliqué les conséquences du crime au juge Yves Morier, Louise Henry a livré un témoignage larmoyant dans lequel elle décriait ses conditions de détention provisoire.   

« Il y a beaucoup d’intimidation. Ce n’est pas Unité 9, comme on dit », a-t-elle illustré. Cela n’a pas semblé susciter la compassion du juge, qui a répondu que Mme Henry n’était « pas à l’hôtel ».  

La fraudeuse a tenté d’utiliser ce prétexte pour que sa détention préventive compte en double, au lieu du prorata de 1,5 généralement octroyé.  

« Manifestement contredite par le directeur Jean-François Demers, concernant ses allégations de mauvaises conditions de détention à l’établissement Leclerc, elle a fait plutôt preuve de ses propensions à manipuler tant l’institut Leclerc que la cour durant son témoignage », a tranché le magistrat en rejetant sa demande.