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La «famille écope» en politique, affirme Régis Labeaume

Michaël Labranche | Agence QMI

La journaliste et animatrice Emmanuelle Latraverse et le maire de Québec Régis Labeaume pendant l'enregistrement du balado «Emmanuelle présente...»

Photo QUB radio

La journaliste et animatrice Emmanuelle Latraverse et le maire de Québec Régis Labeaume pendant l'enregistrement du balado «Emmanuelle présente...»

Alors que la conciliation politique-famille est au centre de certains échanges à l’Assemblée nationale, le maire de Québec, Régis Labeaume, réitère que la politique «tue la famille» et qu’il s’agit d’une «fatalité».     

M. Labeaume a tenu ces propos dans une entrevue de fond pour le balado d’Emmanuelle Latraverse à QUB radio.       

«Il n’y a pas de solution à ça. C’est la fatalité. Ça ne donne rien de penser que... C’est dur et c’est dur pour beaucoup de monde», a-t-il déclaré.      

Le maire de Québec ajoute que la politique n’est pas un métier, mais bien «un genre de vie».      

«Tu ne fais pas ça cinq jours par semaine, a-t-il indiqué. C’est une vie. Ta vie n’est pas en dehors de la politique.»      

«Le choix qu’il faut que tu fasses, c’est de le vivre. Si les gens vont en politique sans vision, ils vont souffrir. Moi, quand je rentre le matin ici, de la première journée jusqu’à ce matin, je sais exactement pourquoi je rentre.»      

Questionné à savoir si l’on peut être un bon père de famille et un bon politicien à la fois, M. Labeaume a répondu ne pas être «équipé» pour parler de ça.      

«Tu fais ce que tu peux et la famille écope. La famille écope. Il n’y a pas de doute. C’est difficile», a-t-il dit.      

La politique: un «milieu toxique»     

Régis Labeaume estime également que le milieu de la politique est «toxique» en raison des nombreux commentaires haineux sur les réseaux sociaux.      

Il dresse un lien entre son cancer de la prostate l’ayant pris dans un moment de vulnérabilité et cette toxicité.      

«C’est tout un avertissement quand même. Le milieu politique, on dira ce qu’on voudra, c’est toxique. Ça doit avoir des conséquences quelque part», a-t-il affirmé.      

Les plateformes médiatiques qui se multiplient sont la cause de cet environnement toxique à son avis.      

«Ça cogne dur. Tous les morons de l’univers sont capables de vomir sur toi et avoir l’air intelligents. Même si tu ne le lis pas, tu as une famille, tu as un entourage qui peut le lire. Ça, tu le sens. Ça transcende dans ton entourage. Tu es toujours atteint par ça. Alors aujourd’hui, la politique, c’est toxique beaucoup plus qu’avant. Je le pense.»      

Même si le maire de Québec parle de cet aspect négatif du travail d’élu, il indique que le tout est contrebalancé par sa «jouissance de bâtir».      

«J’aime bâtir. Pour balancer avec le fait que c’est toxique, il y a la jouissance de bâtir des choses. Il faut que ce soit ça, autrement, tu vires fou.»      

Ayant lui-même été critiqué par le passé pour des commentaires décapants, le principal intéressé juge essentiel d’être à «l’attaque» quand on occupe un poste comme le sien.      

«Dans ce métier-là, si tu ne cognes pas, si tu n’es pas à l’attaque, tu es mort. [...] Si tu veux développer des projets, il faut que tu cognes dur. Sinon, tu vas te faire frapper. Il faut que tu t'expliques, mais il faut que tu sois à l’attaque. Tu ne peux pas être sur la défensive.»      

Ce qu’il a dit...   

Sur son cancer  

«Je n’en reviens pas encore. Je ne pensais pas que ça se pouvait d’être fatigué et de se traîner. C’est long. J’ai eu un mois, un mois et demi que ça ne venait plus vite. Je m’inquiétais un peu. Qu’est-ce qui se passe? Mon cerveau a-t-il ramolli? J’étais inquiet un moment donné. Ça s’est mis à revenir. C’était normal, mais je ne pensais pas que j’étais nécessairement normal.»      

«C’est tout l’effet de la faiblesse qui m’a étonné.»      

Sur le «mystère Québec»  

«On se crée des mystères Québec... Pourquoi on parle de mystères Québec alors qu’un moment donné, on a élu des [néo-démocrates] mur à mur. Il n’y a pas de mystère là. On est rendu avec deux élus de Québec solidaire, donc, il n’y a pas de mystère là. Aux dernières élections fédérales, on a élu des gens du Bloc québécois, des libéraux et des conservateurs.»      

«Je vous dirais que c’est le reste du Québec qui est différent. En ce sens que, de la rue Saint-Laurent jusqu’à Ottawa, c’est rouge sociologiquement de père en fils et de mère en fille. Les gens de Montréal, c’est bleu d’un côté et rouge de l’autre. Ça a changé un peu dernièrement, mais ç’a été de même pendant un quart de siècle. Nous autres, à Québec, on se donne le choix. On dit: "courtisez-nous et on va vous dire si on trouve que ça a du bon sens". Il y a moins de dogmatisme politique, malgré ce que tout le monde en pense, à Québec qu’ailleurs.»      

Sur ce qu’il aime le plus de Québec  

«C’est une vieille dame extraordinaire. La ville de Québec, surtout avec le tramway qui s’en vient, au pays, il n’y aura pas de ville plus attrayante que ça. Il n’y a pas de ville plus sécuritaire que celle-là. Pour la beauté, elle se compare facilement à Vancouver et Victoria.»      

«On est une ville francophone en passant. Mine de rien, on est le dernier bastion francophone en Amérique. On vit en français ici. Complètement! Comme qualité de vie, c’est incomparable.»      

Ce qu’il envie à Montréal  

«Il y a l’aspect très urbain de Montréal. J’aime l’urbanité. Mais Québec, maintenant, on a des coins qui sont très urbains et de plus en plus, ça se passe dans la Basse-Ville. On a une belle urbanité qui est moins dense que Montréal, mais on a une urbanité qui ressemble à notre genre de ville. Une espèce d’urbanité tranquille où il ne nous manque rien et où on n’a pas les désagréments des métropoles.»      

Sur la francisation des immigrants  

«C’est à nous autres d’être exigeants. Ces gens-là, ils vont l’apprendre le français. C’est nous qui “callons la shot”. On ne fait rien de mal à ces gens-là. On ne va pas les maltraiter. On leur dit: "vous apprenez le français". C’est tout. C’est comme ça que ça se passe chez nous. Mais on n’a pas été rigoureux là-dessus. Ils ne sont pas responsables de ça, c’est nous qui sommes responsables de ça. Ce sont les dirigeants au Québec qui sont responsables de ça. Ça, ça élargit "le gap" entre Montréal et le reste du Québec. Il n’y a rien de bon là-dedans.»      

Sur le troisième lien entre Québec et Lévis  

«La nouvelle mouture est correcte. De toute façon, M. Legault a promis un tunnel. Visiblement, il est bien décidé à remplir toutes ses promesses. Nous, on était contre le projet de l’est. On pensait que ça n’avait aucun sens. Ils nous sont arrivés, il y a quelques jours, avec un projet du centre de Lévis au centre de Québec. Tout ça accroché après notre tramway. [...] J’ai plus de clients qui viennent de Lévis et j’en embarque plus de Québec. C’est cohérent et c’est intelligent. À partir de là, je suis d’accord.»      

Sur les Nordiques  

«Ça va se faire tabarouette!»      

Sur Clotaire Rapaille   

«On l’a moffé. On l’a moffé d’aplomb! Mais! Quel menteur! Un incroyable menteur. [...] Tout le monde s’est fait avoir, pas juste nous autres. [...] Je pense que les gens ont pris ça comme une erreur de débutant. À la fin, tout le monde en riait, sauf mes adversaires politiques qui râlent encore là-dessus.»      

Sur le racisme  

«Dégoûtant. Il n’y a rien de plus dégoûtant, de plus vil dans la vie que le racisme. Quand vous avez adopté un enfant en plus, ça vient vous chercher dans le fond de l’estomac. Ça vous rend fou.»      

Sur le populisme  

«Faisons attention à ça, là. Il y a un côté vil au populisme et l’autre côté, on as-tu le droit d’être aimé par le monde? Je suis un peu populisme, évidemment. Le côté péjoratif du terme est galvaudé par les gens qui n’ont plus d’argument.»      

Sur un 5e mandat  

«On verra, comme dit le premier ministre. On va voir comment les choses vont aller. Moi, j’ai des choses à livrer.»