/news/society

De l’alcool revendu 8 à 12 fois le prix aux Inuits

Antoine Lacroix | Journal de Montréal

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Les policiers ont frappé mardi un réseau de contrebande d’alcool qui revendait des bouteilles de fort à un prix exorbitant à des communautés inuites, sans se soucier des problèmes sociaux qui en découlent.  

« C’est évident qu’une partie des problématiques majeures qui règnent dans le Grand Nord est liée à l’alcool, a expliqué Jean Désy, médecin ayant exercé plus de 30 ans au Nunavik et auteur. À peu près toutes les violences sont liées particulièrement à une forte consommation d’alcool, et aussi aux drogues. »  

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Mardi, des agents de la Sûreté du Québec (SQ), en collaboration avec le Corps de police régional Kativik (CPRK), ont procédé à plusieurs perquisitions dans la grande région de Montréal afin de démanteler un réseau de revente illégale d’alcool dans 13 communautés du Nord-du-Québec.   

Le groupe visé par le projet nommé « Plutonium » serait aussi actif dans le trafic de stupéfiants.  

Plein les poches  

Selon nos informations, 180 bouteilles de vodka de 700 ml, des produits du cannabis, dont des jujubes, 500 grammes de cocaïne, 700 comprimés de méthamphétamine et plus de 110 000 $ ont notamment pu être saisis mardi.   

Selon ce que révèle l’enquête jusqu’à présent, les suspects dans cette affaire se seraient procuré environ 39 400 bouteilles d’alcool entre 2016 et 2020, pour une valeur de 900 000 $. La boisson, principalement de la vodka, était ensuite envoyée par colis dans les villages.  

Les trafiquants s’en mettaient plein les poches en revendant les bouteilles entre 8 et 12 fois le coût normal aux membres des communautés inuites.   

Aucune arrestation n’a été effectuée pour le moment, puisqu’il s’agit de perquisitions en cours d’enquête.   

Les suspects pourraient faire face à des accusations de fraude concernant les taxes non perçues, de recyclage des produits de la criminalité, de complot, de distribution et possession de cannabis et de trafic de stupéfiants, précise la SQ.  

Problématique très complexe  

S’il salue les saisies d’alcool effectuées mardi, le Dr Jean Désy estime que la problématique est beaucoup plus profonde et qu’il s’agit d’une solution qui aura un effet seulement à court terme.   

« Il n’y a pas un soignant dans le Nord qui ne va pas être d’accord avec le fait qu’il y ait moins d’alcool », avoue-t-il.  

« Mais il y a quelque chose de plus profond et complexe qui doit être réglé au niveau social. Et ça peut être réglé seulement si les Inuits et les gens en pouvoir dénoncent que l’alcool est un élément qui accentue la souffrance dans les villages. C’est une problématique très complexe et il faut que le changement vienne d’eux », nuance le Dr Désy.     

  • 74 % des appels acheminés au CPRK sont en lien avec la consommation d’alcool.