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«Je protège mon pantalon, je tente d’éviter un viol»

TVA Nouvelles

*** Avertissement. Certains propos contenus dans ce texte pourraient choquer  

Jour 2 du très médiatisé procès d’Éric Salvail au palais de justice de Montréal. L’avocat de l’animateur et producteur de télévision déchu contre-interroge la présumée victime, Donald Duguay, qui a témoigné, hier.                 

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Me Michel Massicotte questionne le plaignant de 46 ans sur le poids qu’il avait à l’époque. Donald Duguay lui répond qu’il pesait 125 livres alors qu’Éric Salvail devait faire osciller la balance à 170-180 livres.                     

L’avocat de l’ex-animateur indique que Donald Duguay a tenu des versions différentes dans sa déclaration à la police et celle livrée à la cour, hier, concernant l’urinoir notamment.                      

En se dirigeant vers le lavabo dans la salle de toilette, le plaignant dit qu’il avait déjà une crainte face à Salvail. «Vous ne l’avez pas mentionné dans votre déclaration écrite et votre déclaration vidéo», fait valoir Me Massicotte.                     

«Malgré votre crainte et les 20 agressions alléguées précédentes, vous avez décidé de laver vos mains en lui faisant dos», expose Me Massicotte. «Je me lave les mains pour sortir de là rapidement», dit le plaignant.                    

Donald Duguay raconte que le pantalon de Salvail «est déboutonné et que son pénis est sorti. Il se le tient avec la main droite». Me Massicotte demande des précisions. A-t-il une «braguette avec des boutons ou une fermeture éclair? Avait-il un caleçon?», s'enquiert l’avocat. M. Duguay ne se souvient pas de ces détails.                   

Me Massicotte poursuit ses questions sur l’incident de la salle de toilette. «Je suis de 8 à 10 pieds de la porte qui se trouve derrière Salvail», précise le témoin.                   

«Est-il facile pour vous de quitter la salle de bain?, veut savoir l’avocat d’Éric Salvail. «Oui, mais techniquement, il me bloque», soutient Donald Duguay.                    

  

  

«Ça me dégoûte»                

Me Massicotte met en lumière ce qu’il avance comment étant une autre contradiction dans les propos M. Duguay concernant la distance entre le lavabo et la porte de la salle de bain. Au procès, le plaignant parle de «8 à 10 pieds. À l’enquête préliminaire, c’était deux pieds».                  

Le plaignant raconte toujours l’incident dans la salle de bain: «Je le poussais, il me repoussait tout en essayant de me toucher avec son pénis. Il tenait son pénis pour le diriger vers moi.»                  

Donald Duguay dévoile pour la première fois qu’Éric Salvail l’aurait poussé avec ses poings dans la salle de bain. «J’ai pensé le frapper. J’ai eu peur de le knocker, car ça peut laisser des preuves et que ça se retourne contre moi.»                 

Le plaignant ajoute: «Ma préoccupation est de sortir de la salle de bain et de ne pas lui toucher le pénis. Salvail me répète, touches-y. Il commence à avoir de precum sur le pénis et ça me dégoûte.»                

Le plaignant a refusé de «knocker» Éric Salvail. «Attendez, êtes-vous en train de dire que Salvail qui vous aurait agressé serait allé porter plainte à la police?», s’étonne Me Massicotte.                

L’avocat de l’ex-animateur s’étonne que le plaignant puisse vaquer à ses occupations avec un costume d’Halloween serré, mais qu’il n’arrive pas à lever sa jambe pour frapper Salvail lors de l’agression alléguée.                

  

  

Son pantalon aux chevilles            

Me Michel Massicotte continue à soulever ce qu’il croit être des contradictions dans le témoignage de Donald Duguay.            

Dans ses premières déclarations, le plaignant dit que Salvail l’avait poussé sur le mur entre deux urinoirs. Maintenant, on apprend qu’il aurait été plaqué sur un autre mur.            

M. Duguay relate qu’Éric Salvail a essayé de l’embrasser dans le cou et en réplique, il lui a «craché au visage». «Dans votre déclaration initiale, vous ne l’avez pas indiqué», souligne Me Massicotte.            

L’avocat poursuit son contre-interrogatoire concernant l’agression alléguée dans la salle de toilette et souligne le fait que Salvail le tient et détache sa ceinture avec son pantalon aux chevilles. «Il n’a pas la même liberté d’action que vous», dit-il.            

«Je protège mon pantalon, je tente d’éviter un viol», déclare Donald Duguay. «Salvail a les mains prises à vous retenir et vous ne pouvez pas quitter les lieux?», questionne Me Massicotte. «Il pousse de tout son long sur mon corps», se défend le plaignant.            

Donald Duguay a revu l’accusé lors de l’enregistrement de La petite vie. «J’ai eu peur, j’ai avisé mon amie: C’est lui, c’est lui! Salvail s’est dirigé vers moi avec une bonne fougue», narre le témoin.         

Donald Duguay a refusé de suivre Salvail qui souhaitait lui parler. Ce dernier lui aurait dit, «j’espère que tu n’es pas venu ici pour faire de la marde».       

En octobre 2017, le plaignant raconte avoir communiqué avec un ami sur Facebook afin de lui demander conseil de faire ou non une plainte criminelle contre Éric Salvail.       

Me Massicotte relate que le plaignant aurait fait des blagues avec un ami sur l’ouverture d’un pari sur l’identité des prochaines personnes accusées au criminel et en trouver une qui serait blanche comme neige.       

En octobre 2017, le plaignant aurait expliqué sur Facebook à un ami qu’Éric Salvail l’avait agressé physiquement et qu’il en avait parlé à l’époque à au moins deux personnes.     

Choc post-traumatique   

Le plaignant raconte avoir été en choc post-traumatique après l’agression alléguée.     

Le plaignant a songé à poursuivre au civil Éric Salvail. Donald Duguay a même sollicité l’aide d’un avocat via le site GoFundMe. 800$ ont été amassés pour cette cause. Il n’y a finalement pas eu de poursuite.    

Le plaignant s’était donné une mission. «Je voulais faire la bataille à visage découvert. Je voulais faire un travail social, de l’éducation sur le système judiciaire et déboulonner les mythes sur les agressions sexuelles», a-t-il dit.   

Me Massicotte sert une attaque au plaignant. «Ce que vous cherchez toujours, c’est de l’attention et pour avoir cette attention, vous êtes prêt à mentir», demande-t-il. «C’est faux!», réplique Donald Duguay.   

La charge à fond de train de Me Massicotte se poursuit. «Vous avez un désir égoïste de parler aux journalistes?» «Faux, répond le plaignant. Je cherchais à donner un visage aux victimes.»   

L’avocat de Salvail tente de mettre le plaignant dans l’embarras en citant des critiques de Donald Duguay envers le DPCP. «Tergiversation, laxisme et outrecuidance. Une avocate des ligues mineures pour un dossier dépassant son seuil compétence», relate Me Massicotte.  

Le contre-interrogatoire serré à l’endroit du plaignant s'est terminé en fin de journée. Quatre témoins seront entendus mercredi.  

Accusations et propos grivois                     

Éric Salvail est demeuré impassible, la tête haute et muet malgré les questions de notre journaliste lors de son entrée au palais de justice de Montréal, ce matin, pour cette deuxième journée de son procès.                

L’animateur et producteur de télévision déchu de 50 ans est accusé d’agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement criminel à l’endroit de Donald Duguay.                        

La victime alléguée de 46 ans a témoigné, hier matin, racontant avec précision les propos «grivois» et répétés ainsi que les gestes déplacés que lui aurait fait subir Éric Salvail alors qu’il était tous les deux employés au service de courrier de Radio-Canada en 1993.                         

On ne sait toujours pas si Éric Salvail va témoigner pour sa défense.