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Legault qui rit, Trudeau qui rage

Antoine Robitaille | Agence QMI

Quel contraste entre les deux premiers ministres hier. 

François Legault, radieux, annonçait au même moment une entente avec le chef cri Abel Bosum, lequel ne tarissait pas d’éloges à son égard, comme jadis Ted Moses à propos de Bernard Landry. L’entente porte entre autres sur... un prolongement ferroviaire. 

Mythe 

Bien sûr les Cris et Québec préparaient celle-ci depuis des lunes, mais on peut dire que les dieux de la communication étaient du côté de M. Legault hier. 

En plus de sembler faire la leçon au fédéral sur un sujet que Trudeau considère comme sa matière forte, François Legault jouait dans les mythes fondateurs du Québec. 

Le nord et son développement en font indéniablement partie. (Même si une quasi-totalité des Québécois vivent au sud et n’ont aucune idée de la manière dont on vit «là-haut», puisqu’ils ne connaissent que très peu ses habitants.) 

Jean Charest avait compris cela et lança en 2008 le «Plan nord» dans un spectacle à donner des frissons (j’y étais). Tellement qu’il le lança de nouveau à plusieurs reprises par la suite. 

Il s’agit d’un vieux rêve, notamment d’un autre libéral, Lomer Gouin, qui avait annexé «l’Ungava» en 1912 en déclarant: «Lançons sans retard la locomotive dans nos régions du nord et qu'elle ne s'arrête que lorsqu'elle aura atteint la baie James. Elle aura tôt fait de nous rapporter du minerai, du grain, du bois, de la pâte à papier, du poisson et des animaux, et nous la renverrons dans le nord avec des produits de nos manufactures.» 

Pompeux 

Au tour de François Legault de reprendre ce mythe. Et de convaincre les Cris de donner un nom fort (voire pompeux) à l’entente totalisant 4,7 milliards $ sur 30 ans: la Grande alliance. 

Il n’y a pas à dire, ça résonne. On y entend des échos de cette autre «Grande alliance» fondatrice, celle que Champlain conclut en 1603 avec les nations amérindiennes (aussi appelée «Grande tabagie»). 

Il faut se méfier du pompeux. Nous avons souvent, au Québec, le réflexe de magnifier, ou à l’inverse de dramatiser, des événements de notre parcours en les baptisant de termes importés («Grande noirceur», «nuit des longs couteaux», etc.) 

«Paix des braves» donne l’impression que les Cris et les Québécois se sont fait la guerre à l’instar des Israéliens et des Palestiniens. 

À répéter 

On ne doit évidemment pas nier nos succès. Et le Québec, avec les Cris, en a eu de beaux depuis Bourassa et la convention de la baie James. 

C’est loin d’être le cas avec toutes les Premières Nations, mais l’entente dévoilée hier annonce peut-être plusieurs autres «alliances». Peu s’en souviennent, mais François Legault, en campagne électorale, avait promis de conclure des «Paix des braves» avec chacune des nations que compte le Québec.

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