/news/world

Lendemain de débat difficile pour Michael Bloomberg

Agence France-Presse

Enfin descendu dans l'arène des primaires démocrates, le milliardaire Michael Bloomberg a dû encaisser les attaques violentes de ses adversaires lors d'un premier débat télévisé mercredi soir qui a montré les fragilités de sa candidature. 

• À lire aussi: Bernie Sanders s'envole dans les sondages  

• À lire aussi: Michael Bloomberg présent au prochain débat démocrate  

• À lire aussi: Trump fait de sa taille un argument de campagne  

La campagne se poursuit jeudi avant le troisième vote des primaires présidentielles, samedi dans le Nevada, première fois qu'un nombre important d'électeurs latinos et noirs s'exprimeront, après les étapes de l'Iowa et du New Hampshire au début du mois. 

À ce stade, le sénateur Bernie Sanders bénéficie d'une forte dynamique, en tête des sondages, mais huit candidats restent en lice. Il reste des mois de primaires, jusqu'à la convention d'investiture en juillet. 

Cela fait six ans que M. Bloomberg, qui vient de fêter son 78e anniversaire, a quitté la mairie de New York, six années qu'il n'avait plus à croiser le fer en politique. Il était devenu à l'inverse un mécène caritatif et politique très courtisé — il a donné 10 milliards de dollars à de multiples institutions, à des causes écologistes, anti-armes à feu et pro-immigration, et a financé de multiples candidats démocrates à des élections parlementaires ou locales ces dernières années. 

Le patron de l'agence de presse éponyme, neuvième fortune de la planète, est habitué à être accueilli sur un tapis rouge dans les grands conclaves climatiques internationaux, et n'avait à l'évidence plus l'habitude de se faire secouer. 

Ses adversaires, à commencer par la sénatrice Elizabeth Warren, ont utilisé le débat de mercredi à Las Vegas pour contrecarrer le déluge publicitaire que Michael Bloomberg déverse depuis son entrée tardive en campagne, fin novembre, à la télévision et sur internet. Sur YouTube, les clips promouvant la candidature de «Mike» sont omniprésents. Il a dépensé, sur ses fonds personnels, plus de 400 millions de dollars, une somme inouïe pour ses rivaux. 

Ces dépenses l'ont rapidement fait gagner en notoriété et l'impact se voit dans les sondages: il s'est hissé en février en troisième place de plusieurs enquêtes d'opinion, ce qui fait rager les démocrates qui depuis plus d'un an font campagne sur le terrain, lèvent des fonds à coups de 10 ou 50 dollars, avaient fait huit débats auparavant et ont rédigé d'épais programmes. 

«Les démocrates prendraient un risque énorme si on ne faisait que remplacer un milliardaire arrogant par un autre», a lancé Mme Warren, 70 ans. 

Le coup de Warren 

La candidature de M. Bloomberg a aussi engagé les démocrates dans un débat risqué sur le capitalisme lui-même, le parti se voyant de facto pris d'assaut par un «socialiste démocrate», Bernie Sanders, qui n'a jamais formellement adopté l'étiquette démocrate et a dit que les milliardaires ne devraient pas exister, et un milliardaire anciennement républicain qui estime sa richesse bien méritée. 

Seize fois, le mot «milliardaire» a été prononcé durant ce débat de deux heures, le plus virulent à ce jour. 

«Les Américains se retrouvent un peu perdus à devoir choisir entre un socialiste qui pense que le capitalisme est la source de tous leurs maux, et un milliardaire qui pense que l'argent est la source de tout pouvoir», a asséné Pete Buttigieg, ancien maire d'une ville moyenne et représentant l'aile modérée du parti. «Et si on choisissait un vrai démocrate?» 

Elizabeth Warren a sans doute réalisé son débat le plus mémorable: elle a fait preuve de pugnacité et de répartie tout en expliquant ce que serait une présidence Warren, focalisée sur une amélioration du niveau de vie des familles financée par un nouvel impôt sur la fortune des très riches, ayant plus de 50 millions de dollars. 

«C'est un impôt sur le dixième des 1 % les plus riches d'Amérique», a-t-elle redit, énumérant ses projets: garde, crèche et école gratuite universelle dès la première année de vie, alors que l'école gratuite commence généralement à 5 ans aux États-Unis; nouveaux investissements dans les écoles, annulation de dettes étudiantes... 

«Je ne suis pas d'accord avec l'impôt sur la fortune, mais je suis d'accord que les riches ne paient pas assez», a répondu Michael Bloomberg, qui veut convaincre les démocrates que son expérience de patron d'entreprise est la bonne pour battre Donald Trump en novembre et gérer le pays pour les quatre années suivantes. 

Pour le milliardaire, le premier test électoral aura lieu le 3 mars, quand 14 États voteront en même temps.

Dans la même catégorie