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Laissez macérer les gouvernements

Antoine Robitaille | Agence QMI

Dans le grand public, on regarde souvent l’Assemblée nationale d’un œil ultra-critique. Entre autres parce qu’on la connaît mal.

Par conséquent, on a tendance à accueillir tout projet de réforme de cette vénérable institution plus que bicentenaire comme la nécessaire libération d’un vieux carcan dépassé. L’esprit de l’époque, tellement prévisible, vantera le «dépoussiérage».

Pour ma part, d’instinct, je crains, lors de toute réforme, qu’on «jette le bébé avec la poussière», si vous me passez un «perronisme» volontaire.

Notre institution parlementaire est une vieille sage rusée, d’origine britannique. Faite de multiples strates de règles écrites ou non, formulées à partir d’une observation patiente de la nature humaine. C’est une richesse, un gage d’avenir.

Rassuré

Ainsi, le premier ministre Legault m’avait terrifié, en juin, lorsque, après un bâillon, il avait annoncé à la surprise de tous son intention de réformer le parlementarisme pour le rendre plus «efficace». «Pas le temps de niaiser», semblait-il dire!

Le projet de réforme déposé hier par le leader parlementaire Simon Jolin-Barrette a de quoi rassurer. Même si une volonté gouvernementale d’accélérer les choses s’en dégage, ce projet développe des éléments intéressants déjà évoqués dans la plaquette «J’ai confiance» (Québec Amérique, 2018), publiée par le jeune parlementaire lorsqu’il était dans l’opposition.

Plusieurs de ces propositions mériteraient d’être adoptées. M. Jolin-Barrette propose entre autres d’améliorer l’étude des crédits. Autrement dit l’examen que les parlementaires font chaque année du plan de dépenses du gouvernement. Cet exercice pourtant fondamental à notre démocratie (comment l’argent de «nos taxes» est dépensé!) se trouve pollué par les interventions au mieux complaisantes, au pire totalement insignifiantes des députés issus du parti gouvernemental. Caricaturons: «J’aimerais gaspiller du temps, M. le ministre, en vous demandant d’en perdre encore plus à vanter [insérer ici une réalisation] de notre formidable gouvernement». Insupportable mascarade dénoncée vertement par la CAQ dans l’opposition.

De manière audacieuse, M. Jolin-Barrette propose aussi entre autres:

- De limiter, voire de proscrire la présence des ministres en commission parlementaire, afin d’accentuer la séparation entre l’exécutif et le législatif

- De créer une «chambre des affaires citoyennes» pour enrichir les débats

- De rendre le serment d’allégeance à la reine facultatif

- De réfléchir à transformer le Salon bleu en hémicycle (ce qui me semble inutile et même risqué)

La force du temps

En cherchant à accélérer les travaux, le leader du gouvernement a toutefois cédé à l’envie de miner la seule vraie arme dont les oppositions disposent: le temps.

Il veut notamment limiter la durée de certains débats et, surtout, forcer les oppositions à proposer des amendements aux projets de loi deux jours à l’avance et non plus directement en commission.

Or, puisqu’ils ont la capacité de maîtriser un peu le temps, même parfois de manière frivole, les oppositions peuvent faire macérer le gouvernement souvent trop pressé. Et dans l’étirement du temps, des compromis honorables apparaissent souvent.

Heureusement, le gouvernement semble avoir compris qu’il ne peut rénover cette «maison patrimoniale» seul, sans l’appui unanime des oppositions.