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«Le degré de violence est rendu très grave» : Trois «codes blancs» en 45 minutes dans une unité psychiatrique

Anne-Sophie Roy | TVA Nouvelles

REG-LAVAL-GASTRO

Cédérick Caron/L'Écho de Laval/Agence QMI

Trois «codes blancs» en 45 minutes. C’est une réalité qu’a vécue l’unité de psychiatrie de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval mercredi matin. Dans le jargon médical, ce code est un appel au renfort lorsqu’un patient devient agressif.   

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En moins d’une heure, des patients, atteints pour la plupart de graves troubles de santé mentale, ont agressé des membres du personnel. Deux agents de sécurité ont été blessés à la cheville et à la jambe tandis qu’un employé de l’unité a été blessé au dos, a confirmé à TVA Nouvelles le vice-président du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval (SIIIAL-CSQ), Dereck Cyr.   

À peine 24 heures plus tard, un autre «code blanc» a été enregistré.   

D’après une infirmière contactée par TVA Nouvelles qui préfère taire son identité, la clientèle de l’unité psychiatrique de Laval est très violente et crée un climat de peur.   

Cette infirmière, qui dénonce en son nom et celui de ses collègues, compare même la situation au jeu de la «roulette russe».   

«On est parfois en "mode survie" pour notre santé physique et mentale. J’ai déjà vu du personnel refuser de sortir du poste, car une sécurité immédiate tardait. Le personnel revient blessé. Nous sommes inquiets et nos conjoints et famille le sont aussi», confie-t-elle à TVA Nouvelles.   

Le CISSS de Laval se dit préoccupé par les agressions qui surviennent entre ses murs et réitère qu’il «fait de la sécurité des employés, des médecins et des usagers une priorité».   

«Le risque zéro n’existe pas puisque les comportements violents sont inhérents à l’offre de soins et services en psychiatrie et ces usagers méritent de recevoir les soins dont ils ont besoin» déclare le porte-parole du CISSS, Pierre-Yves Séguin.   

La réforme Barrette en cause?   

235 «codes blancs» ont été enregistrés en 2019, incluant l'unité de psychiatrie et l'urgence de la Cité-de-la-Santé de Laval, d’après les données du Syndicat des infirmières inhalothérapeutes et infirmiers auxilières de Laval (SIIIAL-CSQ),  

«La clientèle lavalloise est de plus en plus agressive. Le degré de violence est rendu très grave», affirme sans hésiter la présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs du CISSS de Laval, Marjolaine Aubé.   

Cette dernière est persuadée que la réforme Barrette, projet de loi 10 déposé en 2014, n’a pas fini de faire des ravages dans le réseau public.   

«Les patients lavallois doivent rester à Laval, même s’ils auraient besoin de se faire transférer à Pinel» explique-t-elle. Cette conséquence expliquerait en partie cet accroissement notable de gestes violents envers le personnel soignant.   

«Tous les patients, peu importe leur condition, sont mélangés dans l’unité de psychiatrie» ajoute Dereck Cyr du SIIIAL-CSQ, qui y voit un facteur aggravant.    

Des mesures qui tardent   

Le vice-président du SIIIAL-CSQ note que de nouveaux agents d’intervention sont attendus sur l’unité depuis plusieurs années, en plus d’attendre pour que des travaux supplémentaires soient faits pour sécuriser les lieux.    

La globalité des employés sur l’unité de psychiatrie ont suivi la formation «Oméga», qui permet d’intervenir et de désamorcer les crises.    

Marjolaine Aubé croit cependant que cette formation n’est pas suffisante dans les conditions actuelles. Elle préconise plutôt la formation I.T.C.A (Intervention thérapeutique lors de conduites agressives) qui permet qu’une équipe de trois intervenants préalablement formés soit déployée en cas de «code blanc». L’employeur aurait cependant décliné cette proposition de la part du syndicat.   

Le CISSS de Laval compte poursuivre les travaux afin «d’aménager une section dédiée aux usagers plus agressifs sur l’unité de psychiatrie» en plus «travaux de rénovation d’une valeur de 2,1 millions de dollars pour rehausser la sécurité globale des unités» sans toutefois préciser l’échéance.   

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